La France entière a frissonné en 2014 quand la foule a brulé vif des français sur la plage de Nosy Be. Tous les regards de l’hexagone étaient braqués sur Madagascar, plein de rage, de dégout et d’incompréhension devant ce lointain peuple malgache. Puis le temps a passé, l’histoire fut partiellement oublié mais aura marqué au fer rouge l’ile pour beaucoup de français. Le mal est fait, le jugement est posé sans aucune tentative de compréhension.
Mais si, pendant les 5 prochaines minutes, nous essayions ensemble de comprendre l’origine de tout ça. Je ne parle pas de revenir sur les faits de Nosy Be, non. Ça serait presque faire de l’ethnocentrisme… Allons bien plus loin, parlons de la vindicte populaire à Madagascar.

Ce qui est assez effrayant, c’est de voir qu’il suffit de taper « vindicte populaire » sur google pour voir que Madagascar est dans le top des résultats. Et ce résultat n’arrive pas par hasard…
M’adressant à un public francophone, j’ai du introduire mon article par un fait datant de 3 ans afin d’attiser une base de connaissance sur le sujet, mais pour tout ceux qui suivent Madagascar de près ou qui y vivent, savent qu’il n’est pas nécessaire de remonter aussi loin. La vindicte populaire devient un fait divers quotidien sur la grande île.
Rien qu’en 2016, Madagascar compte 44 cas d’homicide du à une vindicte populaire. Et encore, ce ne sont que les cas reconnus et aboutissant à fin tragique, combien d’autres ont eu lieu ? Celles qui ont éviter le point de non retour ? Ou celles qui ont lieux dans le silence, loin des regards de la police et des médias ?

Commençons par remettre les choses dans leur contexte en rappelant que la vindicte populaire est lorsque la population décide de se faire justice elle même.
Bien qu’on dise qu’elle a toujours existé, la vindicte populaire est un fléau de plus en plus inquiétant à Madagascar et pourtant, elle ne vient pas de rien. Pour qu’une population en arrive à lyncher à mort un individu coupable d’un délit plus ou moins grave, il faut déjà qu’elle ai atteint un niveau de colère significative.

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Face à la montée de l’insécurité et à l’inefficacité de la justice à Madagascar, affaibli par les différents niveau de corruption, le peuple doit faire face à une douloureuse désillusion. L’Etat ne fait rien. Et c’est ce sentiment d’être livré à soi même qui est le noyau même qui alimente la vindicte populaire.
Je parlais dans mon article sur les dahalo, de la formation de dina dans les villages, une organisation de villageois ayant pour objectif d’agir là où la police ne peut pas être présente.
Ne serait ce que l’existence même de cette organisation et son acceptation par l’Etat montre bien qu’il y a bel et bien une lacune niveau sécurité. Et quand bien même la police est là, la certitude d’une réelle application de la justice est à mettre au conditionnel.
Il y a encore peu de temps, 2 policiers ont été lynchés dans un village au nord du pays. En réponse à cela, une 40ène de policier auraient marché sur la région et auraient brulé près de 500 habitations. Aujourd’hui encore l’affaire est au tribunal.
Cette histoire est doublement intéressante pour illustrer nos propos. Il y a d’abord une première vindicte populaire. Celle des villageois contre des agents de police qu’ils décident de lyncher par colère illustrant bien leur manque de confiance dans le système judiciaire. Puis il y a celle des collègues, qui reviennent en masse, bruler les villages de la région en réponse aux précédents crimes. En aucun cas, les deux parties se réfèrent à la justice.

Car aujourd’hui, non seulement les vindictes populaires peuvent toucher un homme lambda, mais de plus en plus, elle est également ciblé aux agents de police, bien souvent premier niveau de corruption, et parfois, bien trop souvent, protégés par l’Etat.
Nous pouvons difficilement nier l’existence d’une réelle perte des valeurs et d’un manque de discipline concernant les règles. Mais jeter la pierre aux citoyens (comme semble très bien le faire l’Etat), est loin d’être la meilleur solution. Peut on vraiment blâmer les conséquences si l’on ferme les yeux sur les causes ?
Quelle modèle donner à la population quand la pyramide hiérarchique est pourri à différent niveau ? Quelle confiance peut on avoir au système judiciaire quand les coupables sont relâchés quelques jours plus tard grâce à quelques billets ou à une relation bien placée ?

Alors qu’on peut comprendre cette justice populaire, l’accepter est encore autre chose. Bien que certaines victimes de ces vendetta sont pris en flagrant délit et où leur culpabilité ne fait aucun doute, d’autres en l’occurrence étaient peut être au moment endroit au mauvais moment ou la cible d’une simple rumeur. Et quand bien même leur culpabilité est assuré, la violence qui s’abat sur eux est souvent bien disproportionnée par rapport à son crime initial…
Pourtant aujourd’hui, la vindicte populaire est très bien accepter dans l’opinion publique qui voit en sa pratique un moyen de pression contre l’insécurité…

Mais pour mettre fin aux vindictes populaires, faudrait il encore que l’Etat soit capable de protéger sa population et pour ça, le travail est encore long…

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