Le soleil peine à se lever que la capitale de Madagascar est déjà en mouvement. Les rues se remplissent, les étalages s’installent et les premiers klaxons se font entendre. Antananarivo est une ville vivante, respirant dès les premières lueurs du jour pour entamer sa routine.
S’étendant sur 12 collines, la ville hérite d’un certain relief. Les routes craquelées sillonnent les collines pour se hisser à leurs sommets, tandis que d’étroits escaliers coupent entre les habitations.

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Les bords de routes ne manquent jamais de vie. S’ensuivent les étalages aux sols et les cabanes en bois où une vaste variété de produit est vendu. A la boucherie dressée entre quatre planches, se succèdent une plomberie exposant des vieux objets récupérés, un étalage de pomme et un vendeur de recharge Orange.
Les enfants jouent dans les rues, les femmes lavent leurs linges, les hommes déplacent leur marchandise, panier sur la tête. Alors que les chiens se prélassent, imperturbables, obligeant les passants de les enjamber. Les déchets longent les rues pour mener à une benne laissée là depuis un certain temps, vomissant ses ordures par un trop-plein. Les poules en sortent, parcourant les trottoirs et picorant à travers les déchets de quoi se remplir l’estomac. A leurs pieds, suivent ses trois ou quatre rejetons imitant leur mère.

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Sur les routes bondées, la circulation crée ses propres lois, la loi du plus fort. Les quatre feux et les rares panneaux sont tellement ignorés qu’on en oublie leurs présences. Les taxis se faufilent, évitant les trous. Les mini-bus bicolores, utilisés comme transport en commun, s’imposent, la porte entre-ouverte, prête à accueillir un nouveau passager en cours de route. Tandis que les 4×4, flambant neuf, tentent de dominer le tout.
Au milieu de tout ça, les charrettes essayent de trouver leurs places, tirées par un ou plusieurs hommes en fonction de son poids.

Et pendant les heures de pointes, les interminables embouteillages commencent. Les scooters, motos et vélos s’hasardent entre les véhicules immobilisées et les vendeurs itinérants en profitent pour présenter leurs marchandises aux passagers.
Au milieu du chaos des carrefours, un policier, sifflet au bec, essaye de se faire entendre. Censé fluidifier la circulation, il semble devenir finalement qu’un élément de plus au décors. Simple homme en uniforme ne faisant pas le poids face à ces machines crachant des nuages de fumée.

Les routes en pavés, dont certains se retrouvent arraché, créent un relief supplémentaire à la ville vallonnée. La descente se fait généralement moteur coupé afin d’économiser le maximum d’essence. Les scooters, taxis et autres voitures, dévalent la pente avec prudence, les roues défiant les routes défoncés. Seul le craquement de la ferraille et le couinement des suspensions, fatigués par tant d’effort, trahissent leurs présences.

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A l’heure des sorties d’école, les cris des enfants envahissent les rues qui se teintent alors du bleu de leurs blouses. Un brouhaha joyeux recouvrant celui des klaxons et de la musique.

Il y a aussi les odeurs. L’odeur acre de pollution mêlée à celle du charbon qui brulent, s’adoucit à la rencontre du parfum de la nourriture. Car, quand arrivent les heures de repas, à tous les coins de rue, les marmites sont mises sur le feu, afin de proposer des repas chauds.
L’odeur de la cuisine malagasy envahit alors la ville.

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Il suffit de moins de cinq minutes pour se rendre compte de la réalité de la pauvreté et surtout, de l’inégalité dans la répartition des richesses. Tandis qu’Ibis expose son magnifique bâtiment en verre, les petites cabanes aux couleurs délavées font pâle figure à ses pieds.
Et si l’on porte notre regard un peu plus loin, une charrette bondée peine à avancer, trois ou quatre hommes, voir même enfants, tentent de la bouger au plus vite car derrière, un beau 4×4 klaxonne sous l’impatience de son conducteur en costard.
Une situation difficile poussant des grands hommes, tel que le Père Pedro, à se battre pour faire changer les choses.

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8 Réponses

  1. André

    Très bon article ! En effet, il y a pas mal de choses intéressantes à Antananarivo. Seulement, je trouve qu’un hébergement en périphérie est nettement plus pratique pour le tourisme.

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    • Charly

      Oui, je pense aussi, même si je me demande s’il existe quelque chose de vraiment pratique dans cette ville…
      Merci pour ton passage ici.

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  2. Laurent

    C’est vrai que c’est assez atypique comme capitale Tana avec toutes ses collines. Je n’y étais pas vraiment resté assez longtemps pour pleinement l’apprécier, mais je dois dire que le marché d’Analakely m’avait fait un certain effet. Ambiance très sympa, à condition de bien veiller sur ses poches tout de même avec ses quelques pickpockets particulièrement doués !

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    • Charly

      On est jamais assez vigilent avec les pickpockets, c’est vrai qu’ils sont vraiment malins.
      C’est sur que quand on vient à Madagascar sur une courte période, Tana en général est juste une phase de transition. Il y a tellement de belles choses à voir dans ce pays.
      Oui, les marchés sont vraiment marquants, je ne me lasse pas d’aller y faire un tour.

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  3. Vaissaud Patrick

    C’est pour moi un de tes meilleurs articles.
    Comme d’habitude, les photos sont magnifiques
    Ton texte est vraiment parfait sur la forme, très bien construit.
    Mais je connais les endroits, alors en te lisant, je sens les odeurs, j’attends les bruits, j’ai les images de mes souvenirs qui défilent….
    Et ça, ça dépasse tout. quand tu arrives à déclencher ce type de sentiment à celui qui te lit, alors tu peux dire que c’est TOP CLASS.
    Je suis fier de toi, tu es de plus en plus pro… Bisous

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  4. Fiona Gillard

    Je viens de découvrir ton blog suite au commentaire que tu as laissé sur le mien et suis vraiment enchantée. Ton travail est très professionnel et donne envie de voyager. Continue comme ça !

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    • Charly

      Merci pour ce gentil (et encourageant) commentaire ! Je suis le tien depuis déjà quelques mois, j’ai juste la fâcheuse habitude d’attendre avant de poster mon premier commentaire. Burton a été l’élément déclencheur.
      A bientôt !

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