L’année 2014 est plutôt prolifique pour Manu Larcenet. Il sort Microcosmes chez Les Rêveurs mais surtout, il clot la quadrilogie de Blast chez Dargaud avec Pourvus que les bouddhistes se trompent. Dans l’univers du 9ème art, sa réputation n’est plus à faire et Blast prouvent encore une fois son talent avec cette histoire intelligente sur la complexité de l’homme.

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Blast, l’Apocalypse selon Saint Jacky © Manu Larcenet / Dargaud.

On apprend que la petite Carole n’a pas survécu. Il faut faire parler Polza, cet énorme bonhomme en garde à vu. Il faut le faire parler, l’écouter et comprendre comment d’un écrivain il devient accusé de la mort de cette jeune femme. Les deux flics s’assoient en face de lui et Polza commence son récit. Tout commence à la mort de son père où il découvre le Blast, une transe lui procurant un sentiment de liberté et de légèreté. Il décide alors de tout quitter et de trainer la lourde carcasse en quête de ce Blast.
On est alors happé dans une réalité: sa réalité ou notre réalité ? Un véritable thriller sur la noirceur de l’être humain.

Blast T2 04

Blast, l’Apocalypse selon Saint Jacky © Manu Larcenet /Dargaud.

On abandonne les normes sociales, les bonnes façons et les faux semblants. On va gratter cette couche de conformité qu’on nous a inculqué depuis notre plus jeune âge et on renoue avec ce qui a de plus primaire en nous.
Polza est grand et gros. Son corps imposant n’est que graisse. La transpiration suinte de tout ces pores à la moindre de ces mouvements. Il pue, une odeur âcre que l’on sent à travers les pages. Il bouffe sans retenue. C’est un porc, une abomination. Il est une anomalie généré par une société propre et conventionnée qui ne veut pas de lui. Il est une erreur, il montre une faiblesse qu’on préfère nier.
Il écœure par son physique, son comportement, mais notre dégout prend son origine bien au delà. Il écœure pour tout ce qu’il représente, cette facette humaine dont on ne parle pas, celle que l’on n’accepte pas.

Blast T2 02

Blast, L’Apocalypse selon Saint Jacky © Manu Larcenet / Dargaud.

On le hait pour ce qu’il nous fait ressentir. Le détester, c’est une défense tellement facile pour occulter cette douce jalousie qui prend forme et qui se languit au fil de page. Polza devient animal, il devient pierre, il devient primal, il est l’homme à l’état pur, sans tabou ni interdit. Une liberté inconditionnelle comme un doux fantasme qui sommeille en nous.

Blast, L’Apocalypse selon Saint Jacky © Manu Larcenet / Dargaud.

La narration est puissante et les mots ont une force inouïe. Mais l’intensité du récit prend surtout sa source dans un dessin aboutit et qui en dit tellement. Les planches toutes en noir et blanc, Manu Larcenet insère également de véritables trouvailles visuelles donnant un aspect inégalable à ses albums, renforçant toujours davantage notre ressentit à la lecture. Le Blast est représenté par des dessins d’enfants comme un retour aux sources et à l’innocence.
Il met en place un certain rythme et joue clairement avec nos nerfs. Il place beaucoup de silence avec de magnifiques cases contemplatives. On admire son coup de crayon formidable et on baisse notre garde, on ose reprendre notre souffle. Mais, finalement, on finit par sombrer toujours plus profondément dans la noirceur. A aucun moment on sent de la retenue dans le scénario et le dessin. Il sonde l’âme humaine et parle d’un sujet d’une énorme complexité qui rend son récit unique.

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Blast, L’Apocalyspe selon Saint Jacky © Manu Larcenet / Dargaud.

Pendant quatre tomes, on suit l’histoire de Polza et ce dernier tome signe la fin de notre supplice, de celle des flics et surtout de celle de Polza. Le dénouement est là. On pourra refermer le livre et tout ce qu’il représente. Blast, ce n’est pas seulement une lecture de plus, c’est une véritable expérience.

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Blast, Pourvu que les bouddhistes se trompent © Manu Larcenet / Dargaud.

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La série par Manu Larcenet:
– Tome 1: Grasse Carcasse, 2009, Dargaud.
– Tome 2: L’apocalypse selon Saint Jacky, 2011, Dargaud.
– Tome 3: La tête la première, 2012, Dargaud.
– Tome 4: Pourvu que les bouddhistes se trompent, 2014, Dargaud.
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3 Réponses

  1. Amandine

    J’ai lu beaucoup d’interviews de Larcenet qui disait qu’écrire Blast avait été très éprouvant, que ça l’avait beaucoup atteint: il a fait une dépression, et avait avoué être devenu irascible avec son entourage etc. Je suis pas tellement étonnée.
    J’ai même un ami qui n’a pas accepté que la narration nous mette en empathie avec Polza (en sachant ce qu’il a fait à la fin) et qui a décidé de se débarrasser des 4 tomes!

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    • Charly

      Oui, j’avais entendu ça par rapport au changement d’humeur de Larcenet pendant Blast. Et la réaction de ton ami ne m’étonne pas trop non plus. Ce qu’il a fait avec cette série est vraiment puissant. Il a su mettre en place un véritable malaise pendant les 4 tomes et à la fin, il nous porte un peu le coup de grâce. Mais cette fin donne un aspect complétement à l’histoire, un vrai coup de génie.

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