Les réseaux sociaux ont réussit à faire ressortir un égocentrisme qui était jusqu’à présent peu imaginable et c’est dans ce contexte que le « Complexe du Sauveur Blanc » use naturellement de ses médias pour s’assoir de tout son aise.

Le Sauveur Blanc ou White Savior est une personne le plus souvent américaine ou européenne qui part dans un pays en développement, sans aucune expérience ou formations adaptées, pour faire de l’humanitaire. Mais cela ne s’arrête pas là puisque le Sauveur Blanc, persuadé d’être un véritable héro, va se prendre en photo lors de ses missions avant de les partager au monde entier. Regardez moi en train de sauver les petits enfants d’Afrique !

De l’aventure et de l’exotisme !

Oui, parce que notons le, le sauveur blanc peut aussi considérer l’Afrique (voir même l’Asie) comme un très grand pays uniforme. D’ailleurs son objectif était de faire de l’humanitaire en Afrique. Sans même se rendre compte que l’Afrique en question est multiple et que chacun de ses pays possède une identité et une culture qui lui est propre.

Par conséquent, le Sauveur Blanc arrivera avec ses gros sabots sans prendre réellement connaissance du contexte, très souvent complexe, du pays. Mais d’ailleurs, au lieu de se soucier de la nature même de son action et des répercussions, le White savior va surtout en retenir l’aventure, l’exotisme et le sourire des habitants.

Le business du volontourisme.

A cela, nous pouvons également parler des pseudo agence de voyage / humanitaire qui joue avec ce complexe en inventant des missions sans fondement, le tout étant d’encaisser les sommes exorbitantes que les jeunes humanitaires payeront pour y participer. Tandis que d’autres ONG, dans la même vague, en mettront bien plus dans leur poche que dans le développement du pays. Ces dérives seront l’origine même de la création du doux nom de volontouriste (volontaire + touristes).

Mais alors: volontaire ou touriste ?

La limite entre le volaintaire et le Sauveur blanc reste tout de même difficile à cerner et beaucoup de paramètre sont à prendre en compte avant de faire une jugement hâtif.

Par exemple, un européen se prenant en photo avec un petit enfant d’Afrique n’en fait pas pour autant un Sauveur blanc. Évitons les raccourcis faciles et il est bien entendu évident qu’il faut prendre en compte le contexte même de la photo.

Il est important de noter que derrière ce symptôme, il y a surtout un sentiment d’autosatisaction et de volonté de valoriser son image aux yeux des autres, derrière lesquels est dissimulé le sentiment peu avouable de supériorité. Et c’est surtout derrière ce critère que se cache le véritable Sauveur blanc.

Le sentiment peu avouable de supériorité.

De même, malgré son nom, le Complexe du Sauveur Blanc s’étend au delà même des personnes « blanches ». Le complexe englobe plus particulièrement l’image de « supériorité et d’autorité » (parce qu’il faut le dire, l’homme blanc garde encore aujourd’hui le symbole d’autorité dans un pays en voie de développement et il suffit de regarder le passé pour en comprendre l’origine). Une personne issue d’un pays en voie de développement peut également endosser le rôle du Sauveur Blanc dans son propre pays.

Finalement, le Sauveur Blanc n’est pas seulement le blanc qui sort du confort de son pays occidental pour aller faire de l’humanitaire en Asie et en Afrique et vivre la grande aventure, mais il est aussi cette personne qui va donner des leçons de moral ou d’éducation, usant de son sentiment, bien que parfois inavouable, de supériorité. Cette personne étant absolument convaincu savoir mieux que tout le monde ce qui est bon pour ces personnes.

Mais dans la majorité des cas, le Sauveur Blanc s’ignore et reste convaincu qu’il est là pour avant tout aider les autres. Pour une prise de conscience, il faudrait mettre d’avantage en avant ce phénomène et le comprendre.

Oui, mais alors, il faut arrêter l’humanitaire ?

Bien sur que non ! Mais avant de se lancer dans l’aventure, il faut savoir se poser les bonnes questions et surtout y répondre avec honnêteté.

  • Est ce que je pars aider dans un pays en développement pour véritablement apporter mon aide ou est ce que je pars pour vivre la grande aventure et pour en ressortir « grandit par cette expérience » ?
  • Si je pense vraiment que l’unique raison est d’apporter mon aide, ai-je des connaissances et des compétences indispensables à cette mission humanitaire qu’aucune personne originaire du pays ne pourrait apporter ?
  • Si je veux à la fois vivre la grande aventure et aider au passage, n’était pas plus profitable de partir dans le pays et en se sensibilisant sur un tourisme solidaire et responsable ?
  • Quelle est cette association avec laquelle je vais travailler ? Quelles actions met-elle réellement en place et est-ce en adéquation avec les besoins des personnes concernées ?
  • N’ai je pas d’autres moyens d’aider mieux, même en restant où je suis ?

Il suffit de se poser cinq minutes et de réfléchir aux conséquences de nos actes en tant que volontaire et se demander s’il n’existe pas une solution plus en adéquation à la situation. Employer des personnes locales pour construire une école n’est-il pas plus intéressant que d’envoyer des jeunes occidentaux sans expérience ? Ne serait ce pas plus bénéfique de faire participer la population plutôt que d’envoyer des étrangers faire le boulot ancrant ainsi toujours plus la suprématie des blancs dans les esprits des anciennes colonies ?

Une fois sur place, il est important de respecter la dignité de la personne. Il est bien sûr essentiel de se renseigner sur les us et coutume et de demander l’autorisation avant de prendre des photos. Il faut savoir rester humble car la vision occidentale est bien loin d’avoir la vérité sur tout et a aussi beaucoup à apprendre.

A votre retour, le mieu est de garder un discours nuancé car rien n’est tout blanc ou tout noir.

Non Madagascar ne se résume pas à la pauvreté, à la saleté et à la corruption.
Et encore non, Madagascar ne se résume pas aux beaux sourires et aux belles plages.
Et si je veux aller plus loin, je dirais encore non, Madagascar ne se résume pas  » à la pauvreté, à la saleté, à la corruption, aux beaux sourires et aux belles plages ». Il y a tellement de chose derrière chacun tout ça que même chacun de ses concepts pris individuellement reste encore à nuancer !

Bien que certains pays souffrent de la pauvreté, leur imposer la manière de vivre occidentale sans prendre en compte leur histoire et leur culture serait bien trop contre-productive. Il est important de comprendre comment aider et accepter que nous ne sommes pas indispensable et que parfois, la meilleure des aides peut se faire de chez soi.

@Illustration de Damien Glez

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