Si je vous parle de cinéma sud-coréen, beaucoup vont tout de suite faire l’amalgame avec un cinéma d’arts martiaux et de combat. Difficile de faire autrement quand on voit que ce genre de films est principalement présenté dans le rayon asiatique de la plupart des magasins de multimédia. Pourtant, comme chaque pays, le cinéma sud-coréen a sa propre identité et culture qui mérite qu’on s’y attarde un peu. Bien entendu, dans cet article, je ne parlerais que du cas de la Corée du sud étant donné le contexte politique de la Corée du nord, son cinéma reste très limité, pour ne pas dire inexistant.

Doucement, la Corée du sud perce sur nos écrans d’occidentaux. Malheureusement, on a des difficultés à distinguer les différentes origines asiatiques entre elles et nos yeux d’européen associent régulièrement un visage asiatique à celui d’un chinois ou d’un japonais. Il faut dire qu’on a toujours eu plus d’affinité avec la Chine ou le Japon, la Corée restant un pays dans l’ombre pour notre culture. Pourtant quelques personnalités sud-coréennes commencent à être en tête d’affiche mais tout cela reste néanmoins très limité. Je peux citer Daniel Dae Kim (Hawai 5.0, Lost), le chanteur Psy ou même Rain que le magasine New York Times a mis dans les personnes les plus influentes. La pop culture sud-coréenne s’exporte ainsi doucement à l’étranger, d’abord avec leur musique, notament la K-pop, puis avec leurs séries, les K-dramas. Mais ici, je ne vais vous parler uniquement du cinéma.

 

Mother

Mother de Bong Joon-Ho

 

Le cinéma sud-coréen à travers l’histoire du pays.

Pour comprendre le cinéma sud-coréen, on est obligé de passer par l’histoire du pays. Pour faire vite, la Corée a connu des années difficiles avec l’occupation du Japon, puis avec la guerre de Corée. Suite à cette période, la grande majorité des films ont disparus et il est aujourd’hui compliqué de trouver des films antérieurs aux années 60. Le début des 60’s marquent d’ailleurs le premier âge d’or du cinéma coréen avec la construction de studios. Puis une dictature militaire se met en place avec le général Park Chung-hee et la censure au cinéma se durcit. La fin de la dictature en 79, marque le début de la libération de la parole et donc du cinéma sud-coréen. Je peux citer Peppermint Candy (2000) de Lee Chang-Dong qui retrace l’oppression et les cicatrices de son pays à travers une narration dure et puissante.

Peppermint Candy

Peppermint Candy de Lee Chang Dong

 

Le cinéma, une industrie a développer.

Aujourd’hui en Corée, le cinéma est surtout une industrie, le but étant de faire un maximum d’entrée en Corée. La Corée du sud reste l’un des rares pays où leurs propres films rivalisent avec les films américains au box office. Pour arriver à ce résultat, il faut savoir deux choses: il y a d’abord la mis en place d’un quota à respecter des films coréens dans les salles du pays et que chaque film est réalisé dans l’optique de plaire aux maximum de personnes. Alors comme pour Miracle in cell no7 (2013) de Lee Hwang-Kyeong qui est dans les premiers au box office, on mise sur des films familiaux.

 

Miracle in cell no7

Miracle in cell no7 de Lee Hwang Kyeong

 

Un cinéma qui a beaucoup à dire.

Mais le cinéma coréen, c’est aussi beaucoup et surtout des drames durs et réalistes. Il me vient à l’esprit Poetry (2010) de Lee Chang-Dong, la douceur d’un film et d’une mère pour dénoncer la réalité qui se cache derrière. Dans les mélodrames coréens, on a souvent à faire à un personnage qui fait des choix, parfois bons, souvent mauvais mais qui l’entrainent doucement vers une descente en enfer, qu’on regarde, impuissant, espérant un happy end qui ne viendra surement pas.

Ces mélodrames nous représentent la culture coréenne comme deux couches, la première étant propre et belle mais si on gratte cette politesse et ses faux semblants, on tombe sur le malsain, celui qui est bien caché de la vue des voisins, celui qui est non dit, tabou. Silenced (2011) de Dong-Hyuk Hwang traduit bien ce ressentit en abordant le tabou des abus sur les enfants ou Locataires (2005) de Kim Ki-Duk où l’on découvre les dessus de ces maisons qui semblent clean à première vue.

Locataires

Locataires de Kim Ki-Duk

Le cinéma coréen excelle dans le mélange des genres, mélangeant souvent le drame avec l’action ou le style policier tel que l’excellent Mother (2010) de Bong Joon-ho sur le combat d’une mère pour innocenter son fils. Ce sont ces films policiers, ces thrillers qui ont tendance à arriver plus facilement sur nos écrans d’occidentaux. Old boy (2004) de Park Chan-Wook est surement celui qui a fait le plus de bruit, on a d’ailleurs vu sortir récemment un remake américain. Il fait partie de ces films durs et puissant comme The Murderer (2004) de Na Hong-Jin que l’on regarde avec gène et appréhension. On est tellement habitué aux films américains où l’on regarde un building explosé ou un homme se faire tué, tranquillement assis en mangeant du pop corn, sachant que tout n’est spectacle et comédie qui si on nous enlève nos codes, nos repères, on est déstabilisé. Et ça, le thriller coréen le fait avec brio en abordant les sujets avec réalisme, puissance et rage.

 

The murderer

The murderer de Na Hong-Jin

On sent à travers le cinéma coréen beaucoup l’influence de celui des américains, flagrant dans un film comme New Word (2013) de Park Hoon-Jung, mais qui a su pourtant garder sa propre identité. Mais il ne fait pas que s’inspirer, avec le récent Snowpiercer (2013) de Bong Joon-ho, il collabore également en nous présentant ce film qui est à la fois sud-coréen, américain et français. Et au lieu d’avoir une pâle copie du cinéma américain, on a un genre nouveau, celui qu’on appelle la nouvelle vague coréenne qui arrive doucement sur nos petits et grands écrans. Pourtant, je tiens à rappeler que, paradoxalement, ce n’est pas le cinéma qui marche le plus en Corée du sud.


En bref, mon top 10 des films coréens:
1. Papermint Candy de Lee Chang-Dong (2000).
2. The Murderer de Na Hong-Jin (2010).
3. Memories of Murder de Bong Joon-Ho (2003).
4. Sympathy for M.Vengeance de Park Chan-Wook (2002).
5. Breathless de Yang Ik-June (2008).
6. Mother de Bong Joon-Ho (2009).
7. The Chaser de Na hong-Jin (2007).
8. Locataires de Kim Ki-Duk (2005).
9. JSA de Park Chan-Wook (2000).
10. A Dirty Carnival de Yu Ha (2006).

 

Image à la une issue du film Poetry de Lee Chang-Dong.

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