Irritée par un sujet lambda, telle une bonne française, je m’emporte quand j’en parle à l’Amoureux. Celui ci en vient à me reprocher mon énervement affirmant qu’il n’y ai pour rien dans cette histoire. Difficile alors de lui explique que je ne suis pas énervée contre lui mais contre le sujet en question.
Voila comme un sujet anodin arrive à créer une tension dans un couple bi-culturel où les codes de communication divergent.

Un couple bi-culturel a généralement bonne figure comme s’il était le symbole d’une idéale symbiose entre des peuples qui se sont parfois longtemps déchirés dans le passé. Comme si un couple mixte est la preuve qu’on peut enfin tous vivre ensemble, une vrai réussite sociale après ces années de combat contre la colonisation, l’intolérance et le racisme.

Pourtant vu de l’intérieur, les problèmes sont loin d’être sur le point historique (bien que…). Quand au sein d’un couple, les différences sont à la fois philosophiques, religieuses et culturels, cela implique une extrême tolérance de l’autre. Sans aller jusqu’à parler des grands débats sociologiques, ces différences se ressentent même dans les instants les plus anodins.

Communiquer.

Comme dans chaque couple, le ciment reste la communication. Comprendre l’autre et se faire comprendre. Dans un couple bi-culturel, bien que chaque couple trouve une langue commune dans laquelle ils peuvent communiquer, parfois la méconnaissance de cette langue dans ses subtilités engendre des tensions à cause d’incompréhensions et de malentendus qui n’aurait pas eu lieu d’être si chacun parlait avec sa langue maternelle. Un mot mal employé, mal compris suffit.

A cela s’ajoute des codes de communications issus directement de notre propre culture qui peut être totalement différente dans la culture du conjoint.
A Madagascar par exemple, on ne dit pas si facilement ce que l’on pense, l’important est de ne pas trop vexer l’autre. Et bien sur, on garde le sourire en toute circonstance. Parfois, vouloir transmettre un message nécessite un long dialogue, plein de métaphore. D’ailleurs, il existe même un véritable art du discours ! On est bien loin du franc parlé du français qui te fait bien comprendre quand quelque chose ne lui plait pas.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, notre communication est également marquée par des références culturelles dans lesquelles nous avons baigné depuis notre plus jeune âge.

Références culturelles.

Ces références culturelles passent aussi bien par des expressions « bien de chez nous », par des citations, par un passé commun, par notre pop culture, mais aussi, tout simplement par notre humour. Ainsi il y a ces instants de solitudes en soirée, quand, entre amis, tous rigolent pour une blague alors que moi, bien qu’avoir tout compris, ne me fait absolument pas rire. Ou inversement, une de mes blagues qui tombe à l’eau dont je me retrouve à devoir expliquer pendant 15 minutes.
C’est lorsque que l’on est entouré par des personnes d’une culture différente que l’on se rend compte a quel point on est façonné par notre environnement.

Nos discussions avec une personne d’une autre culture trouve parfois ces limites dans toutes ses références culturelles qu’on ne partage pas. Et cette incapacité de pouvoir partager certaines choses remet parfois en question la complicité au sein du couple.

Écoute et complicité.

Comprendre l’autre au moindre regard peut devenir fantasmatique dans un couple bi-culturel. Un petit acte anodin devient la source d’une très longue explication.
Au quotidien, il peut  se créer une fatigue à devoir parfois expliquer le moindre sentiment afin que l’autre puisse le comprendre. Je pense que faire le deuil de cette complicité, que l’on peut avoir avec un compagnon de même culture que nous, fut pour moi la plus grosse étape à passer.

Un sentiment négatif que l’on peut avoir pour une raison quelconque devient alors encore plus dur a porter quand on doit l’expliquer au conjoint. Et inversement, comprendre l’autre dans ses détresses, ses besoins, ses questionnements, demande une très grande ouverture d’esprit. Il ne peut y avoir cette compréhension de l’autre que par une écoute attentive.

Cette ouverture d’esprit et l’acceptation de la différence de l’autre engendrent systématique une véritable remise en question sur soi. C’est admettre que notre façon d’agir, de pensée n’est pas une unique vérité mais que la vérité peut être multiple.

Être un couple bi-culturel.

Une fois que chacun a accepté la différence de l’autre et a réussi à prendre du recul sur sa propre culture. La vie de couple trouve son équilibre en devenant elle même bi-culturel. Elle finit par combiner naturellement des traits des deux cultures pour créer la sienne, un équilibre où les deux membres du couple trouvent ses repères.

Finalement, être un couple bi-culturel, c’est devoir faire des compromis. C’est avoir le recul nécessaire pour écouter l’autre et accepter une vision différente de la notre. C’est réussir a arrêter un débat avant qu’il tourne en dispute en admettant qu’on ne pourra se mettre d’accord sur ce sujet et seulement l’accepter. C’est savoir que notre culture ne détient pas le savoir absolu, apprendre d’une culture différente de la notre et l’intégrer dans ce que l’on est et ce que l’on devient.

 

 

 

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2 Réponses

  1. Jack

    Une belle approche d’un sujet tellement présent dans ces conditions.
    Il faut beaucoup plus de volonté et patience pour arriver a concilier deux cultures si différentes, mais tellement complémentaires, enrichissantes pour les deux parties.
    En affaires… c’est pareil

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    • Charly

      Au final, concilier deux cultures, c’est une véritable remise en question de soi. C’est pourquoi, ce n’est pas toujours évident. Difficile de se rendre compte que notre vision des choses n’est pas la vérité absolue, ça demande beaucoup de recul, mais une fois qu’on y arrive, c’est incroyablement enrichissant.

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