Apprendre la langue de son pays d’accueil semble d’une telle évidence que l’on pourrait penser que la question ne se pose même pas. Pourtant dans la pratique, c’est toute autre chose.
Nous nous rendons vite compte que l’effort d’apprendre la langue du pays prend en compte plusieurs critères: la nécessité professionnelle, le besoin d’autonomie, la philosophie de l’expatrié, sa passion pour le pays d’accueil et l’intérêt que peut avoir la langue en question.

A Madagascar, le français est la deuxième langue officielle du pays. De ce fait, la langue est enseignée dans les écoles dès le premier âge, les panneaux dans les rues sont majoritairement en français, les livres aussi. Beaucoup de monde à Madagascar parlent le français et certains sont même entièrement bilingues.
De ce fait, maitriser le français, suffit amplement pour s’en sortir à Madagascar. Mais alors, faut-il apprendre le malgache ?

 

La place des langues à Madagascar.

Avant la colonisation de Madagascar par la France, le pays avait une langue commune, bien qu’elle puisse plus ou moins varier selon les dialectes. Puis la France a introduit le français obligatoire dans les écoles. L’indépendance de Madagascar en 1960 changea encore peu la place du français. Ce n’est qu’à partir des années 1975 que le président Didier Ratsiraka encourage la « malgachisation » avec sa Chartre de la révolution socialiste malagasy. Mais ce n’est qu’en 1995 que la loi valide la langue malgache comme langue d’enseignement. Cette « malgachisation » fit considérablement descendre la place du français.

Puis avec l’arrivée de Marc Ravalomanana au pouvoir, la langue anglaise sera à son tour proclamée langue officielle de Madagascar en 2007. Mais trop peu ancrée dans le quotidien de la population malagasy, elle ne restera pas longtemps puisque que le président Andry Rajoelina rétablira la langue malagasy et la langue française en 2010 comme uniques langues officielles.
Cette valse des langues officielles aux bras des politiciens semble finalement s’essouffler et enfin se stabiliser.

Entre temps, la place du français dans la vie quotidienne chuta considérablement. Aujourd’hui, le français ne serait parlé que par 25% de la population et est souvent désignée comme une « langue d’élite ». Le malagasy reste la langue du quotidien.

Peut-on quand même s’en sortir avec le français ?

Oui. La grande majorité des commençants, restaurant, hôtel ou service public maitrise parfaitement le français. De plus, étant enseigné à l’école dès la primaire, une grande partie de la population peut comprendre les bases du français, surtout en ville. Ainsi sans grande difficulté, n’importe qui peut s’en sortir en ne parlant que le français.

Oui, mais. Maitriser la langue locale change beaucoup le regard que l’on pose sur l’étranger. Cet effort est interprété comme une véritable volonté d’intégration. De plus, nous ne pouvons ignorer que le français porte sur son dos le lourd passé de la colonisation quand il vient à Madagascar. Ce poids s’alourdit lorsque cette personne ne fait pas l’effort de l’apprentissage de la langue malgré, parfois, des années passées sur l’île. L’idée derrière est: de ne pas avoir le besoin de s’impliquer puisque l’autre fera l’effort à sa place. Une philosophie qui peut être interprété comme étant un peu colon… Apprendre la langue du pays d’accueil est aussi et surtout une question de respect.

Apprendre le malgache.

La première difficulté avec le malagasy sont ses variantes selon les régions. Plusieurs dialectes se partagent le pays tel que le Sakalava, l’Antemoro, le Betsilio, le Merina ect… Le Merina, parlé sur les hauts plateaux, notamment à  Antananarivo, est la langue officielle de Madagascar.

La malagasy utilise l’alphabet latin à l’exception de quelques lettres qui n’existent pas tel que les lettres: c, q, u, w, x. Les sons sont sensiblement les mêmes qu’en français hormis quelques divergences.
Contrairement aux langues européennes dont nous avons déjà entendu les sonorités maintes et maintes fois lorsque l’on a grandi en Europe. La mélodie du Malagasy reste pour beaucoup une grande inconnue à nos oreilles. S’habituer à son rythme et à son dynamisme est une première étape. Et pas des moindres.

Puis arrive la difficulté de l’apprentissage et surtout de la pratique. Le vocabulaire semble parfois être d’une difficulté sans pareil, du à une sonorité et voir même une longueur de mot très éloigné des langues latines.
Joyeux anniversaire: Arahabaina tratry ny tsingerin-taona nahaterahanao

Mais la langue malagasy s’est également construite avec le temps en intégrant dans son vocabulaire des mots empruntés aux fils des différents contacts avec d’autres populations telles que celle de la Polynésie, de l’Indonésie, des Philippines et plus tard de la population arabe, anglaise et française.
Ces quelques mots empruntés à l’arable, au français ou à l’anglais deviennent assez naturellement une première liste de vocabulaire facile à apprendre pour commencer.
Nous avons par exemple:
Lakile : la clé
Tomobila : la voiture
Sekoly: l’école (/school)
Salama: bonjour

De toute manière, comme pour tout apprentissage, avec le temps, en sensibilisant toujours plus l’oreille à la langue, à force d’erreur, d’oubli, de réapprentissage, de quelques cours, doucement, le cerveau s’habitue et finira même par endoctriner le Malagasy dans la langue du quotidien.

Veloma !

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2 Réponses

  1. Irène

    Je pense aussi que c’est une démarche importante, c’est une question de respect, c’est un choix « politique » aussi que de montrer qu’on est prêt-es à faire cet effort, à ne pas seulement se reposer sur cet héritage français ! Après ça dépend combien de temps on est sur place bien sûr. Je n’y étais restée qu’un mois et demi donc on ne peut pas parler d’apprentissage, mais je m’efforçais de demander en malgache les questions de la vie courante (le prix de quelque chose, un café, un thé, de l’eau). Bon à ce stade c’est assez maladroit donc ça peut les faire plus rire qu’autre chose, mais c’est important je trouve. Et puis dans les endroits plus isolés tout le monde ne parle pas français

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    • Charly

      Je suis bien d’accord avec toi. Normalement la question ne se pose pas, mais trop de monde se repose sur cet héritage français justement…

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