Il y a un an, j’entamais ma FMIR. Paquetage sur le dos, estomac noué par l’excitation et l’appréhension, j’arrivais au camps tandis que le jour peinait encore à se lever.

Attendez… Là, vous vous dites surement: la FMIR, mais qu’est ce donc que cela ? Et bien, ces quatre lettres sont l’abréviation pour Formation Militaire Initiale du Réserviste. La formation se déroule sur deux semaines, et une fois validée, elle permet aux participants d’intégrer la réserve de l’armée de terre et de devenir ainsi réserviste. Plus d’une fois, je me suis retrouvée devant un regard interloqué quand je parlais du réserviste de l’armée. Probablement bien moins connu, il est un peu le « pompier volontaire » de l’armée.

Depuis quelques temps, je posais un regard intéressé sur l’armée et avant d’envisager tout engagement, j’ai préféré m’orienter dans un premier temps vers sa réserve, moyen efficace de toucher le milieu. Après avoir passé le dossier de candidature, l’entretien et la visite médicale, il a fallu signer le contrat et récupérer le paquetage. Tout se concrétisait enfin quand est arrivé dans ma boite au lettre, la convocation pour la FMIR. Nous y voilà.
Un mois plus tôt, on me diagnostique une mononucléose, pas de chance, ça ne va pas faire avancer le schmilblick.

reserve_armee_journal_evasion

Deux semaines pour apprendre ce que d’autres apprennent en un an. Portables et montres laissés au fond du sac, l’heure, ce sont les cadres qui la font. Toi, tu écoutes, obéis et exécutes. Une dizaine de jours au programme chargé, discipline militaire exigée. Levé bien avant l’aube, au pas de course, on finissait la journée généralement dans les salles de cours, la nuit tombée depuis quelques temps déjà. Les nuits étaient courtes et précieuses.

Nos journées étaient rythmées par des séances de sport, de tir, par des enseignements sur les mines, la radioactivité, l’utilisation des radios ou de la typo, sur le combat et surtout par des mis en situations. Lits au carré, uniforme impeccable, ponctualité parfaite. Aucun temps libre, pas de possibilité de souffler, on devait s’adapter à ce nouveau rythme. Certains soirs, la douche fut zappée au détriment de 10min de sommeil en plus, tandis que d’autres soirs, on tuerait pour pouvoir en prendre une.
Je me souviens de cette soirée, que dis-je cette nuit, où l’on est resté des heures les doigts dans le pétrole, à démonter et remonter notre FAMAS jamais assez propre, les jambes molles, les paupières lourdes et les nerfs à vif.
L’objectif était de voir où étaient nos limites, physiquement et moralement. Il fallait se surpasser, se surprendre et aller au-delà.

On a passé 3 jours sur le terrain en mis en situation. Le scénario était posé. Trois jours d’exercice physique en forêt et de combat. La nuit, on l’a passé dehors, dans notre sac de couchage, FAMAS contre soi, avec chacun son tour de garde. C’était patrouiller seul, dans le froid de la nuit, à travers un vieux camp « abandonné ». C’était jeter un coup d’œil angoissé dans ces petits recoins d’ombre, dans ces bâtiments vides, aux aguets. A l’intérieur, bouillonnait un mélange de peur, de pression, de fatigue et d’excitation, le souffle court par cette montée d’adrénaline. L’attaque surprise a éclaté la deuxième nuit, à coup de balles à blanc et de grenades à plâtre.

On a appris la collectivité et la cohésion. On commence la FMIR comme 15 individualités, on la finit en n’en formant plus qu’une. Épuisée par la première semaine, à bout de force par la journée écoulée, éreintée par un nouveau pic de mononucléose, je me souviens de ce soir où plusieurs camarades sont venus m’entourer pour me soutenir et me réchauffer.
C’était épauler et se faire épauler.

La FMIR s’est achevée avec une évaluation sous forme de parcours où l’on devait tester nos connaissances à chaque étape, puis (enfin !) par la révélation des résultats.
Et après ? Après, on intègre officiellement la réserve où l’on va continuer progressivement notre formation, de manière bien moins strict.

reserve_armee_journal_evasion2

Les engagés aiment nous appeler les militaires du dimanche. Bien qu’un peu négatif, on ne peut pas non plus leur donner tord. Dans le cadre de mon régiment où j’étais affectée, nous sommes appelé un week-end par mois pour renforcer et approfondir notre formation. Civil et à la fois militaire, on donne sur nos temps libres pour se rendre aux camps et poursuivre l’enseignement. Au final, on porte le même uniforme et la même arme sans pour autant avoir eu la même formation.
Bien que les réservistes regroupent à la fois les anciens engagés qui veulent garder un pied dans la vie militaire et des jeunes qui découvrent le milieu.

J’ai eu également beaucoup de question quant à ma condition de féminine dans la réserve de l’armée. De manière général, il n’y a pas de distinction entre femmes et hommes. On ne rechigne pas , les séances de pompe, c’est pour tout le monde ! Je n’ai jamais ressentit une attitude particulière à mon égard parce que j’étais une féminine. Pas d’infériorité, ni d’avantage, j’étais « un gars » parmi les autres. Si la condition des féminines était remis sur le tapis, c’était par les filles elles-mêmes.

Avec mon départ à Madagascar, je n’ai pas pu renouveler mon contrat pour une année supplémentaire. Parfois je me dis, tout ça pour finalement pas grand chose. Mais malgré quelques déceptions pendant des week-end, ce fut une expérience formidable et enrichissante qui m’a beaucoup apporté.
Une aventure que je ne clos pas, je la met entre parenthèse. Si l’avenir ne me réserve pas une vie d’expatrié, il est fort probable que je me replonge dedans.

A propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.