Je m’arrête quelques minutes à ses pieds et je lève la tête vers son sommet. Je me rappelle de cette légende que l’on m’a raconté. Dieu, face à l’orgueil des baobabs, aurait décidé de les arracher pour les plantés à l’envers, les rabaissant ainsi dans leur ego. Je me demande s’il a mérité son châtiment mon baobab.
Vu d’ici, ses branches se fondent dans les nuages. J’effleure son écorce du bout des doigts et je me perds dans ses cicatrices laissé par le temps, la pluie et par l’indifférence des hommes.
Véritable force de la nature, il a quelque chose d’immuable, comme s’il a toujours été là et qu’il sera toujours là. Comme s’il était née avec la terre et qu’il mourra avec elle, tel deux amants face à leur éternité.
Je l’imagine debout, années après années, témoin impassible d’un paysage changeant, modulé par un climat capricieux et par la main l’homme. Combien de générations se sont succedées, vivant à ses pieds, vieillissantes les unes après les autres, alors que lui parait inchangé ?

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Ma route m’a mené jusqu’à ces géants de la nature, une halte s’est imposée. Ce bout de piste fut renommé l’allée des baobabs et est devenu l’un des lieux les plus prisés par les curieux venus à Madagascar.

La lumière se tamise et doucement, le jour se décline. L’ambiance est changeante, plus lourde et plus légère à la fois, dévoilant la magie du moment. C’est sous le ciel embrasé du soleil couchant, que mon baobab révèle alors toute sa mélancolie. Je prends conscience de sa véritable beauté et surtout, de sa complexité. Se détachant de l’horizon en une sombre silhouette, il a l’air finalement si fatigué, si épuisé de survivre à tout et à tout le monde. Dans le silence de la brousse, il me semble pousser un cri sourd de douleur. Je repense alors à toutes ses blessures gravées sur son corps.
Je me demande pour combien de temps il aura encore la force de tenir. Un jour se laissera t’il tomber, épuisé par ce que son monde sera devenu, affaibli par la cicatrice de trop ?
Un peu plus loin d’ailleurs, un des siens est à terre. Je me demande qui de l’homme ou du climat a pu venir à bout de cette force de la nature. L’idée qu’il est lui même lâché racine, par lassitude, par découragement, m’a traversé d’esprit.

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Je reste là, à regarder le soleil se coucher, ces immenses silhouettes se détachant de l’horizon. Le spectacle me renvoie ma propre nostalgie. Car pour moi, ces baobabs représentent aussi la fin d’une route, où plutôt d’une piste devrais je dire. Celle que j’ai emprunté, une journée durant, laissant derrière moi un nuage de poussière rouge, celle qui m’éloigne de ce petit village où j’ai passé mes 8 derniers mois. Celle qui clôt la fin d’un chapitre.

J’ai du refaire ma valise où j’ai rassemblé encore une fois mes uniques biens personnels. Devant moi, s’ouvre de nouveau un océan de possibilité pour ce futur toujours aussi incertain. Un frisson me parcours le dos. Je le connais ce frisson. Il y a un an je l’attribuais à la crainte, la peur de l’inconnu. Pourtant aujourd’hui, je sais qu’il représente l’excitation de nouvelles promesses. Sans savoir si le chemin que je vais emprunter me ramènera dans ce petit village, je le quitte aujourd’hui le cœur lourd par tant de souvenir.

Mon baobab se fond doucement dans la nuit, comme si la pénombre mettait fin à sa lente agonie, lui offrant quelques heures de répits. Il est temps pour moi de continuer ma route et de mettre fin à cette douce rencontre.

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Infos pratiques:
L’Allée des Baobabs est le lieux incontournable pour admirer ces forces de la nature, à 30 min en voiture de Morondava, sur la route pour Belo sur Tsiribihina. Pour ceux qui n’ont pas de véhicule, il a la possibilité de se trouver un taxi ou même un quad ou une voiture à louer pour les plus gros budget.
Parking à 2000 ar (soit 60 ct d’euros).
Attention, lieu très touristique en haute saison, par conséquent beaucoup d’enfants voudront être pris en photo ou montrer le beau caméléon qu’ils ont trouvé, en échange de quelques ariary…

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4 Réponses

  1. Augoyard colette

    Merci pour ce nouveau reportage,beaucoup de poésie dans ce texte et quelle magie ce lieu……………

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