Avec les tristes événements de ce début d’année, on ne peut que se souvenir du lien fort qui unit la bande dessiné et l’actualité. Un lien qui s’est rapidement formé après la naissance officielle de la bande dessiné par les dessins satiriques de Topffer. La presse s’empare de ce format inédit dès la fin du XIXeme pour l’insérer dans leurs journaux.
Mais contrairement à la BD de presse, la BD de reportage est beaucoup plus récente et ne voit le jour seulement à la fin du XXème.

 
1. Palestine de Joe Sacco (1996) chez Vertige Graphic.
Une véritable approche journalistique.

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Journaliste et auteur de bande-dessiné, Joe Sacco part en Palestine en 1992 où il va recueillir ses témoignages, armé de son crayon et de son carnet. Avec la publication de Palestine où il allie ses talents de journaliste et de dessinateur pour aborder le conflit Israel-Palestine de manière inédite, on le considère comme le fondateur de la BD de reportage. Avec ce nouveaux genre, la bande dessiné va alors se confronter au réel, à l’actualité et aux faits.
Un nouvelle approche du reportage qui apporte un nouveau regard sur des événements de société parfois difficilement abordables. Un nouveau média alternatif voit le jour avec tout ce qu’elle a à offrir.

 

2. Pyongyang de Guy Delisle (2003) chez l’Association.
Entre le carnet de voyage…

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Souvent à mi chemin avec le carnet de voyage, la BD de reportage est avant tout un témoignage personnel des expériences et des rencontres vécus sur le terrain. Guy Delisle dont j’ai déjà consacré un article ici, a publié à ce jour quatre carnets de voyage relatant ses séjours à l’étranger. Il aborde une approche plus réservée et plus candide en gardant un certain retrait, une retenu, se rappelant qu’il est avant tous un auteur avant d’être un journaliste.
[Image à la une: Chronique de Jérusalem de Guy Delisle chez Dupuis.]

 

3. Persepolis de Marjane Satrapi (2000-2003) chez l’Association.
… et l’autobiographie.

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La grande majorité des BD de reportage est donc un témoignage direct des événements que l’auteur à lui même vécu. Il se met généralement en scène en se dessinant lui même comme personnage central de l’album. De ce fait, ces BD de reportage prennent un aspect principalement autobiographique. Quand Marjane Satrapi retrace son enfance, c’est aussi l’histoire d’un pays qu’elle parcours. Originaire de Téhéran, elle revient sur des événements marquant autour de l’Iran tel que la révolution islamique, la prise d’otage à l’ambassade des EU ou encore la guerre d’Irak. En revenant sur ces événements historiques au cours de son autobiographie, Marjane Satrapi apporte une vision d’une petite fille qui les vit de l’intérieur avec ses réflexions et ses ressentis.

 

4. Maus de Art Spiegelman (1998) chez Flammarion.
Les dessous de leurs travaux.

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En se mettant ainsi en scène dans leur récit, les auteurs partagent leurs démarches et les dessous de leurs recherches. Quand Art Spiegelman décide de retranscrire l’histoire de son père dans les camps de concentration, cela nécessite évidemment de recueillir les informations et d’effectuer tout un travail de recherche à côté. Et ce sont toutes ses méthodes de travail que l’auteur n’omet pas de partager avec nous aboutissant à des albums fourmillant de détails et d’anecdotes. La richesse de Maus ne passe pas uniquement par la vie du paternel dans les camps mais aussi par leur relation actuel traduit par leurs échanges.

 

5. Les ignorants d’Etienne Davodeau (2011) chez Futurpolis.
Pour des thèmes variés.

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Ce moyen d’information riche permet ainsi d’approcher de manière alternative, voir non conformiste, des sujets d’actualité. Un bon nombre de carnets de voyage voient le jour témoignant un quotidien éloigné du notre, revenant sur des événements marquant l’histoire. Mais la BD de reportage peut aborder également des thèmes sociaux. Davodeau est ainsi reconnu pour ses albums sociaux. Les ignorants est la rencontre entre Etienne Davodeau, auteur de bande-dessiné et Richard Leroy, vigneron. Pendant un an, ils vont apprendre à partager leurs passions. Il revient donc sur ce monde différent du sien qu’il va découvrir au fil des jours.

 

6. Les chemins de traverse de Soulman et Maximilien Le Roy (2010) chez La Boite à Bulles.
L’avantage de l’anonymat pour approcher le quotidien.

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Le carnet et le crayon est beaucoup moins effrayant qu’une caméra. Un avantage non négligeable pour ces journalistes en herbe qui se voient des portes s’ouvrir plus facilement qu’en dégainant une carte de la presse. En se mêlant plus facilement, il peuvent aisément se noyer dans la banalité du lieu, pouvant retranscrire ces petits détails du quotidien passant la plupart du temps inaperçu. Sans nécessairement avoir une approche journalistique, en cherchant l’événementiel, ma BD de reportage passe aussi par la retranscription du quotidien et de la « banalité ».

 

7. Printemps à Tchernobyl d’Emmanuel Lepage (2012) chez Futuropolis.
Le dessin, une approche personnelle…

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Le point fort de la bande dessinée est avant tout le dessin. Un coup de crayon, habilement maitrisé pour traduire des ressentis. Qu’il reste dans le représentatif ou qu’il entre dans l’abstrait, dans le métaphorique, le dessin est empreint de l’émotion de l’auteur et offre une subjectivité non nié, preuve de son engagement. Emmanuel Lepage, lorsqu’il part à Tchernobyl, se donne une liberté dans le choix du dessin en fonction du lieu. Ainsi chaque planche, chaque case est une surprise, alternant le pastel, le fusain ou encore les craies grasses pour traduire l’atmosphère si particulier qu’il règne.

 

8. Le photographe d’Emmanuel Guibert et Didier Lefèvre (2012) chez Dupuis.
… qui parle où la photographie et la caméra restent muettes.

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La force du dessin peut aussi combler un vide que la caméra ou l’appareil photo ne peut pas combler. Didier Lefèvre, photographe et journaliste, suit Medecins sans frontière en Pakistan et en Afghanistan et décide de se lancer dans un projet de bandes dessinées. Les cases dessinées se mêlant aux photographies pour partager ce qu’il ne peut être dit à travers une pellicule.

 

9. Deogratas de Jean-Philippe Stassen (2000) chez Dupuis.
La fiction au service du reportage.

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Plus rarement, certaines BD-fiction se classent parmi celles de reportage. Après un efficace travail de documentation, ces auteurs témoignent d’un événement qu’ils n’ont pas vécu. Jean Philippe Stassen, avec Deogratas, montre du doigt le génocide du Rwanda trop souvent passé sous silence en donnant un nom et un visage à toutes ces victimes. Pour autant, dans ces cas, la notion de BD de reportage doit évidement être pris avec des pincettes. L’histoire illustrée, bien que basée sur des faits réels, n’est, ne l’oublions pas, aussi une fiction.

 

10. Le jour où… (2012) chez Futuroplis.
Un nouveau genre reconnu.

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Après l’apparition de Palestine de Joe Sacco, France Info voit toute la richesse de ce nouveau genre de BD et décide de mettre en place le prix de la bande dessinée d’actualité et de reportage dès 1994.
Associé avec Futuroplis, France Info propose à 37 auteurs de revenir sur les événements marquants de ces 25 dernières années. On retrouve Tignous, Sacco, Delisle, Blutch, Stassen, David B et bien d’autres encore revenant sur des divers thèmes de ce dernier quart de siècle, allant du chute du mur de Berlin, à l’élection d’Obama en passant par la mort de Lady D ou même la coupe du monde 1998.

 

La BD de reportage prend différents visages et où les limites sont encore peu définies. Mais quelque soit la direction que prend son auteur, elle va se confronter au réel en l’abordant de manière inédite et personnelle. Elle nous offre ainsi la possibilité de découvrir ou de redécouvrir un univers en quittant les sentiers battus et où la seule limite reste l’imagination de son dessinateur.

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