Depuis toute petite, le mois d’Octobre rimait avec Halloween. Citrouilles, squelettes et toiles d’araignée ornent les maisons pour préparer cette nuit horrifique. Une ambiance particulière se forme pour arriver à son apothéose le 31. Pour beaucoup, c’est l’occasion de se caler devant une télé pour se refaire les grands classiques (ou pas) du cinéma d’horreur, avec un seul objectif: avoir peur.
Il est certain que le plus grand talent du cinéma est son pouvoir de provoquer toutes sortes d’émotions les plus intenses. C’est d’ailleurs bien ce que tout spectateur recherche en se mettant devant un écran. Et la peur n’échappe pas à cette règle. Pourtant, elle est loin d’être un exercice facile.
Et n’est il pas meilleure occasion que l’approche de Halloween pour se pencher un peu plus sur la relation entre le cinéma et la peur ?

Le cinéma horrifique se détache en une multitude de sous genre. Nous pouvons rapidement nommer les slasher (Scream de Wes Craven), les films de zombies (La nuit des morts-vivants de Romero), les films de science-fiction (Alien de Ridley Scott), les torture-porn (Saw de James Wan) et bien d’autres encore. Pourtant, chacun de ses sous-genres ne provoquent pas pour autant la peur chez le spectateur.
Un bon torture-porn jouera, par exemple, bien plus sur un système d’attirance-répulsion que sur la peur en elle même. Bien que…

 

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Le premier obstacle serait alors de définir ce qu’est la peur en elle même. Celle qui accélère notre rythme cardiaque et qui met tout nos nerfs sur le qui-vive, cette poussée d’adrénaline qui nous fait sentir à la fois si vivant et si fragile.
Tout va se jouer dans cette partie du cerveau qu’est l’amygdale, c’est celle qui va réagir en premier face à un danger ou un potentiel danger, envoyant des stimuli au reste du corps qui va, alors, agir en conséquence. Pourtant, là encore, il faut savoir différencier la peur physique (tel que le sursaut) de la véritable peur.

Quand l’une est un exercice fréquemment utilisé au cinéma par son efficacité systématique (si elle est bien dosée), pour l’autre c’est tout autre chose.
L’exemple le plus caractéristique de la peur physique au cinéma est, bien entendu, le jump scare, moment où un personnage apparaissant subitement à l’écran provoquent un sursaut de la part des spectateurs. Mais la véritable peur va bien au delà et est beaucoup plus difficile à provoquer au cinéma pour la raison simple que chacun a un rapport différent avec ses angoisses.

 

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Un bon film d’horreur jouera donc principalement sur ce deuxième type de peur, beaucoup plus intense, mais sans pour autant renier la peur physique. D’autant plus que le jump-scare verra son effet décuplé si l’ambiance du film réussit à mettre le téléspectateur à cran. Le « clap-clap » de Conjuring dans la scène où la mère est en haut de la cave, a provoqué chez moi un arrêt cardiaque immédiat. Le réalisateur a su recréer une ambiance des plus angoissantes avec une réelle tension montante et à son sommet un jump-scare qui a été des plus efficaces.

Mais, concrètement, comment faire peur au cinéma ? Comment alors qu’on est tranquillement chez soi, à première vue en sécurité, peut-on ressentir une émotion si forte à nous retourner l’estomac ? Pour répondre en un mot: l’identification.
On ressentira beaucoup moins de compassion pour un groupe de préadolescent insupportable que pour un personnage plus complexe sur lequel on peut s’identifier. C’est pourquoi, on regardera un Destination final avec l’émotion d’une vache dans un champ de pâquerettes tandis qu’un Halloween (de Carpenter pour les puristes ou celui de Rob Zombie pour les modernistes) provoquera une angoisse bien plus importante.

 

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Une fois l’identification acquise, la peur passera ainsi par un bousculement des codes. Chacun d’entre nous a bâtit des codes, propre à un pays, à une culture ou à une éducation. Ils sont intégrés en nous et permet de vivre un quotidien de manière rassurante. Alors qu’un homme cryogénisé depuis des centaines d’année aurait surement la peur de sa vie devant un four micro-onde, il fait pour nous partie du quotidien. Notre cerveau reconnait les scènes ordinaires du quotidien et sait les traiter sans aucune crainte. Mais si ces codes sont transformés, le cerveau aura du mal à trouver ses bases et l’angoisse commencera alors à montrer le bout de son nez. Exemple typique des attaques d’extraterrestres, de morts vivant ou de montres en tout genre. Face à l’inconnu, nos peurs les plus profondes refont surfaces, impossible de pouvoir relier à un comportement que l’on connait, ce qui rend le danger d’autant plus incontrôlable.

Ainsi, les histoires d’enfants, de clown ou de poupée terrifient une grande majorité de personne. Quand ces objets, reliés à l’enfance et d’une certaine façon à l’innocence, quitte cette sphère, il deviendra automatiquement angoissant. Un clown sillonnant les égouts ou une petite fille, tournant la tête à 180° et jurant les pires noms, feront naitre l’angoisse, et cela sans même avoir besoin de préciser que l’un est un tueur dégénéré, et que la deuxième est possédée par Pazuzu.

Les histoires de maison hantées sont très efficaces dans le domaine. La maison représentant le cocon familier, endroit où l’on se sent naturellement en sécurité devient antre de la peur, détruisant tout espace tranquillisant.
En prenant l’exemple de Shining, Kubrick prend le temps de présenter l’hôtel afin qu’il devienne familier pour le spectateur. Et c’est ce lieu que l’on pensait connaitre où va surgir tout danger. Ce qui était maitrisé, ne l’est plus. Le lieu familier et sécurisant devient source d’angoisse. Les bases sont alors détruites, réduisant avec elle toute chance de trouver un endroit où se réfugier.

 

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Le hors champs est un deuxième mécanisme très utilisé pour susciter la peur, ne faisant pas seulement appel à la non-maitrise de la situation, mais surtout, à l’imagination. Ce qui n’est pas montré et d’autant plus effrayant que le visible. Cette absence de représentation va faire barrière à l’anticipation et se nourrira des peurs les plus intimes des téléspectateurs. Au lieu de mettre un visage au danger, celui ci, par le travail de l’imagination, va prendre toutes sortes de formes et d’angoisses propres au spectateur.
Alors que pour des raisons techniques, Steven Spielberg décide de suggérer le requin au lieu de le montrer dans ses Dents de la mer, le résultat en est d’autant plus effrayant. L’esprit a beau savoir quelle est la nature du danger, ne pas se le représenter concrètement, rend le danger encore plus incontrôlable.

Dans ces scènes de hors champs, un élément clé du film d’horreur participe à son efficacité, la musique. Partie intégrante du film, elle aide à la montée de tension par un rythme électrique et rapide. Très présente dans le hors champs où elle représente un danger imminent, elle peut aussi trompé le spectateur en l’induisant en erreur.

La peur ne se calcule donc pas par la quantité de sang qui coule, mais est un exercice délicat, un équilibre entre le suggéré et le montré, entre le maitrisé et l’inconnu.
John Carpenter disait très justement: « La question n’est pas de savoir s’il va se passer quelque chose, mais quand cela va se passer« .
Quoiqu’il en soit, chaque spectateur aura un ressentit différent devant un film d’horreur, mettant ainsi le cinéma horrifique au centre des débats. Paranormal Activity de Oren Peli, pourtant très controversé, aura été pour moi ma plus traumatisante expérience au cinéma, tandis que le célèbre Rec, m’aura, tout au plus, provoqué la gerbe par ses mouvements incessants de caméra.
Malheureusement, presque 100 ans après les premiers films du genre, les renouveaux deviennent rare et les mêmes mécanismes sont utilisés, inlassablement, vaccinant presque les spectateur d’un éventuel effet de surprise. Emprisonnés dans leurs codes, virant parfois aux clichés, les films d’horreur ont souvent du mal à remplir leurs rôles. De nos jours, créer la peur est un défi toujours plus compliqué pour les réalisateurs du genre.

Et vous, quel est votre rapport avec la peur au cinéma ?

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3 Réponses

  1. Anything is possible

    Très chouette article !
    Je réalise aussi que plus le temps passe, moins je regarde des films de ce genre, alors que j’aime beaucoup.
    Enfant, j’avais été totalement flippée par Ca, il est revenu… Je déteste les clowns.
    Ado, j’avais adoré Scream (surtout le premier)… Plus tard, j’ai découvert le cultissime Shining. Voilà, maintenant, j’ai envie d’en découvrir de nouveaux 🙂

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    • Charly

      Merci ! Shining est vraiment le film d’horreur incontournable. Pourtant pas totalement fidèle au livre, je le trouve néanmoins du même niveau.

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