Le nord de Madagascar est réputé pour ses îles paradisiaques. Dans les oreilles d’un étranger, leurs noms ont tous la même mélodie. Nosy Be, Nosy Komba, Nosy Lava, Nosy Mitsio. Pourtant l’une d’entre elles se détachent par sa noirceur.

« L’enfer est plus terrible lorsque les fenêtres s’ouvrent sur l’Eden. »

Nosy Lava, île aux premières allures pas différentes des autres avec ses cocotiers et sa mer émeraude, a pourtant abrité l’un des pires bagnes au monde. Construit en 1911 par le gouvernement français, le bagne de Nosy Lava a caché entre ses murs pendant des années, tortures et assassinats. Protégée par l’isolement de l’île, la mort régnait en maitre, tuant des centaines de prisonniers.
Roland Villela avec son livre La Sentinelle de Fer ose lever le voile sur une histoire que l’on préfère oubliée et donner la parole a ceux que l’on préfère ignorer.

Le bagne de Nosy Lava.

Roland Vilella est un navigateur, ayant entendu plus d’une fois les rumeurs sur Nosy Lava. Attisé par une curiosité morbide, il décide de poser l’encre. Lors de son arrivée sur l’île, le bagne de Nosy Lava ne compte plus qu’une soixantaine de prisonniers. Quand on sait qu’il y a quelques années de cela, l’île en décomptait plus de 600, force est de se rappeler que la fermeture du bagne est pour bientôt. Rapidement, Roland Vilella rencontre Albert, bagnard condamné aux travaux forcé a perpétuité qui le surprendra par sa culture et sa maitrise du français. Volontaire, Albert servira alors de guide pour Roland qui découvrira une île marquée par les atrocités qu’elle a enduré.

Mémoire de noms passés.

Dans un premier temps, ayant accès aux archives de la prison, Roland s’intéresse au passé. Il retrouve le nom d’anciens prisonniers, des insurgés qui se sont battus pour la libération du pays pendant la colonisation. Des noms écris sur des papiers abimés par le temps et la poussière, dans un grenier menaçant de s’effondrer.  Des noms d’hommes qui se sont battus pour leur pays et dont ce même pays ne juge pas pertinent de récupérer ses archives qui ont forgé son histoire. Roland Vilella leur rend une deuxième vie et cite quelques noms dans son livre, afin que l’on se souvienne d’eux, ne serais ce que le temps de la lecture de la page.

Histoire de bagnards.

Puis à force de revenir sur l’île, son lien avec Albert s’endurcit et une amitié qu’il pensait impossible nait. Être amis avec un braqueur ayant assassiné huit personnes , aurait été difficile a concevoir. Roland Vilella le dit lui même, la naissance de cette amitié n’a été possible que grâce au long et douloureux chemin de la rédemption parcouru par Albert.
A travers cette amitié Albert lui conte l’histoire de l’île tel qu’il s’en souvient, tel qu’il l’a vécu. A travers son témoignage et  celui de tant d’autres (bagnards comme agents de l’administration pénitencier), Roland Vilella découvre les horreurs de l’île.

Comme pour mettre en garde le lecteur sur ce qui l’attend, le livre commence par raconter une séance de l’Initiation. Cette pratique a été mise en place par l’un des directeurs du bagne et avait pour objectif de « mater » les nouveaux prisonniers en leur faisant vite comprendre la dureté de la vie dans la prison. Dureté que certains d’entre eux n’auront pas l’occasion de découvrir car ne survivront par a ce rite d’initiation. Certains mourront sous les coups avant même d’atteindre les portes de la prison.
Pendant ces années « glorieuses », le taux de mortalité s’élevait a 20% parmi les bagnards.

Tous les détenus étaient livrés aux mêmes tortures quels que soient leur crime. Roland Vilella souligne même la présence de prévenus attendant un jugement et même d’innocents, surnommé les « ramasse la baise ». Les innocents en prison, il n’est pas rare d’en trouver avec le niveau de corruption du pays. Ceux ci ont, non seulement enduré une peine pour un crime qu’ils n’avaient pas commis mais ont été traité aussi durement que les autres.
Au delà des sévices corporels, le nombre de décès s’explique aussi par un gros manque de nourriture. Bien que les noix de coco poussaient a prolifération sur l’île, s’en procurer une était une peine de mort assurée.

La mode étant pour certains gardiens de tuer le prisonniers a coup de noix de coco sur la tête jusqu’à ce que mort s’en suivent. L’homme sait bien trop facilement mettre l’imagination au profil de la torture.

Réflexions.

Roland Vilella se plonge dans un exercice difficile avec son livre. Il se retrouve sur une île noircie par la folie meurtrière de l’homme, détendeur de son secret volontairement tu, volontairement oublié. Il se retrouve coincé entre l’injuste violence des gardiens et des victimes pourtant assassin en même temps. Des assassins qui tuent d’autres assassins. Des assassins jamais punis qui tuent des assassins déjà jugé pour leur crimes.

La question se pose tout de même: comment plaindre un prisonnier alors que lui même a commis un crime pour en arriver la et pourtant son crime (quelque soit sa gravité) doit elle justifier la barbarie a son encontre?

Au fur et a mesure du livre, le lecteur voit la ligne entre le bien et le mal s’estomper et plus d’une fois, se perd a savoir qui est le gentil, qui est le méchant. Puis arrive un stade où il finira par comprendre que le système manichéen traditionnel n’a pas sa place a Nosy Lava. Le bon et le mauvais n’est plus dans un camp ou dans un autre.

Avec La Sentinelle de Fer, le lecteur est obligé de mettre de côté ses aprioris et s’efforce de comprendre les contradictions de Nosy Lava. Bagne renfermant les pires criminels du pays dont nous nous surprenons avoir pitié. Agent de l’administration pénitencier qui prend le costume de la mort cruelle et irrationnelle. Pire bagne du pays qui offre pourtant une certaine liberté aux prisonniers leur permettant de disposer sur l’île a leur dise et pendant une certaines périodes, les autorise même  aller pêcher et a aller vendre leur butin (décision prise par l’un de directeur pour limiter la famine) !

Au delà même de donner parole a des bagnards, empêchant leur histoire d’être oublié, Roland Vilella ouvre une grande réflexion autour du bien et du mal, autour de la nature de l’homme et de sa complexité. A travers ces histoires nous découvrons une morale la où jamais nous aurions soupçonner en trouver une et nous en voyons aucune la ou il devrait en avoir.

 » Le bourreau, lui, masque soigneusement sa seule vérité: le plaisir qu’il tire de la torture et de la mort qu’il administre. A l’abri des lois, il en devient plus cruel encore que sa victime »

Navigateur, Roland Vilella a trouver le courage et la force d’aller la ou personne ne voudrait y mettre le pied, il a parlé la ou tout le monde voudrait se taire, il fait la lumière la ou tous ferment les yeux.

Bagnards de Nosy Lava, votre histoire ne sera jamais oubliée.

 

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