Qu’on commence sur des bases claires. La rumeur c’est un « on-dit », un « il parait ». C’est vague, on ne connait pas la source, on ne connait pas la véracité de la chose, c’est juste un bruit qui court.
Des rumeurs, il y a en partout, en France comme ailleurs.
Mais je dois avouer une chose, j’ai découvert très vite que Madagascar est maitre en la matière ! C’est plus qu’un art, c’est un talent.

J’ai rapidement commencé à m’en rendre compte pendant mes 2 années en campagne. Alors oui, dans chaque petit village, les rumeurs vont de bon train, mais ici, c’est hors compétition.
Pour l’avoir vécu plus d’une fois, même un petit détail peut devenir une histoire inimaginable avec une unique question qui résonne dans votre tête « Comment on en est venu la ?« .
Quelle imagination et quelle détermination peut on avoir pour en arriver à une telle contorsion de la vérité ?

Si aujourd’hui je viens à vous parler de ça, c’est n’est pas par hasard. Une rumeur a bien secouée la capitale cette semaine et s’est répandu a une vitesse peu soupçonnable.
A Antananarivo, il y a 2 tunnels importants au centre ville. Mardi, aux alentours de 15h, une rumeur arrive dans l’hôtel où je travaille et explose comme une bombe: le tunnel Ambanidia s’est effondré sur les bus et voitures qui passaient dessous. Il y aurait près de 80 morts !
Panique à bord, tout le monde appelle les proches pour s’assurer de leur bien être.
Puis finalement, une contre rumeur arrive, c’est un intox.
Bon, une rumeur de plus. Certes.

Mais quel est mon étonnement quand, comme à mon habitude, j’emprunte ce tunnel pour rentrer chez moi et je vois la foule qui l’entoure. Curieux qui prennent des photos, militaires, pompiers et même journalistes ! Tous réunis autour de ce tunnel qui se porte, visiblement très bien.

Alors comment une simple rumeur, un bruit créé sur les réseaux sociaux, a pu frappé au point d’en faire déplacer les plus grands journaux et même l’armée ?
Je ne cesserais d’être étonné.

L’art de la rumeur à Madagascar, c’est presque encrer dans la culture. Même des amis gasy rigolent de ça avec un « bienvenu à Madagascar ! ».

Alors oui, les rumeurs peuvent être un jeu, une habitude, l’existence même d’une rumeur peut faire le titre des grands journaux, (participant d’ailleurs à sa propagation…).
Il parait qu’un coup d’État se prépare. Il parait que les morts-vivants existent. Il parait qu’il y a du riz en plastique fabriqué en Chine importé à Madagascar.

Alors tout ça, ça pourrait (parfois) faire rire. Ça pourrait pimenter le quotidien de chacun et permettre d’avoir de quoi discuter autour d’une bonne bière locale. De quoi alimenter nos débats, opposants ceux qui y croient des septiques.
Mais malheureusement, trop vite on oublie jusqu’où peut aller les conséquences d’une rumeur.
On se souviendra tous d’une simple rumeur qui a mené au lynchage collectif et de ces trois hommes brulés vifs sur la plage.
Cette histoire a marqué les esprits, et malheureusement elle n’est pas la seule.
Les rumeurs à Madagascar font parfois sourire, pourtant, il ne faut pas les prendre à la légère car les conséquences peuvent être parfois désastreuses…

Dans tous les cas, cette histoire de tunnel a bien secoué la capitale ! Forcément, les journaux en ont parlé dès le lendemain qui avec grande finesse nous avoue qu’un « technicien du bureau national de la gestion des risques et catastrophes n’écarte pas l’existence d’un danger concernant ce tunnel ».
Ah nous voilà rassuré.

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