En brousse, il y a ces énormes cigales, qui font un boucan à percer les oreilles et qui laissent nos homonymes provençales bien misérables à côté d’elles…
A mes débuts, je me souviens avoir regardé avec étonnement quelques personnes qui les attrapaient pour les mettre dans une bouteille vide. On m’explique alors que c’est pour les manger. Horreur et stupéfaction !
Quoi, vous mangez ces énormes cigales ? L’amoureux prend son air amusé face à mon ignorance de vazaha et m’assure que c’est vraiment très bon.
Sa réflexion reste dans ma tête et, sans le savoir, a posé une petite graine qui finira de germer un an plus tard.

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La première étape fut des Sakonkry (ne me demandez surtout pas l’équivalence en français). Un collègue trouve ça au marché de notre petit village et les prépare, grillés, comme loaka (accompagnement du riz) pour ce midi. Pourquoi pas. Je me laisse tenter.
Mon assiette de riz face à moi, j’hésite encore un peu. J’en prends une dans ma cuillère et l’examine d’un peu plus près. Ce n’est pas bien gros, il dispose d’une espèce de trompe orange. C’est moche.
Ce fut mes premières conclusions.
Je décide de le cacher au milieu d’une grosse cuillère de riz avant d’oser l’avaler. Je suis déçue, je ne sens rien. Je recommence, avec une quantité plus raisonnable de riz. Ça croque un peu sous la dent, aurait-ce un gout de noisette ? Je recommence. Ce n’est pas mauvais du tout.
Ce fut comme ça que les sakondry furent ma première expérience de dégustation d’insecte, l’engrais qui donna un coup de fouet à l’éclosion de la petite graine.

Quelques mois s’écoulent et doucement la saison des cigales revient. Leurs chants, que dis-je, leurs cris supra-aigues, commencent à retentir chaque jour, chaque nuit, de plus en plus fort. Un soir, je me décide. Ce soir, on mange des cigales !
Première étape:  les attraper ! Comme tout bon insecte, la nuit, les cigales sont attirées par les lumières et aveuglées par la lampe, elles restent facile à attraper. Puis, on leur arrache leurs ailes, on m’explique: déjà, ça se mange pas trop et puis comme ça, elles ne peuvent plus s’envoler… Of course, Cap’tain Obvious… Ça me dégoute avant même qu’elles n’arrivent dans mon assiette, mais ne voulant pas paraitre pour la petite Française des villes qui n’a absolument rien a faire dans la brousse malgache, je prends sur moi et ne montre rien. Pourtant, les entendre encore crier quand on les met à frire dans la poêle me retourne complétement l’estomac.

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De nouveau je me retrouve devant mon assiette de riz. De nouveau l’hésitation. De nouveau l’inspection d’un des insectes de plus près. Bon, c’est vraiment gros ça. Peut être 4 fois plus d’un sakondry. Ses gros yeux globuleux sont clairement visibles et je les imagine déjà en train d’éclater sous mes dents. Et les pattes ! Mon dieu les pattes…
Et de nouveau, je me sers du riz pour cacher la misère. Ce n’est pas très agréable à sentir dans la bouche car difficile a cacher ce qui est en train de passer sur la langue mais finalement, ce n’est pas mauvais. Contrairement aux sakondry, ça n’a pas trop de gouts. Le gout d’une grillade.
Mon cerveau fait bien son boulot et oublis le dégout provoqué par leurs cris d’agonie dans la poêle. Je finis par terminé mon riz avec ces cigales…

Et vous, avez-vous déjà tenté l’expérience ?

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