Il y a quelques années de cela, les dahalo étaient des jeunes hommes, principalement du sud du pays, qui allaient voler 1 ou 2 zébus dans le village voisin pour prouver qu’il est aujourd’hui un adulte. Ce rituel était aussi couramment pratiqué pour obtenir la main de sa prétendante. Son acte était vu comme un signe de bravoure et de virilité qui séduisait la belle famille. Les zébus volés étaient alors offerts au beau père et souvent tués à l’occasion du mariage.

Mais aujourd’hui, le phénomène des dahalo a dépassé largement la coutume. Du simple rituel, on passe à des bandes criminelles organisées.

De véritables bandes armées se déplacent en raid, agissant parfois même en plein jour, volant des centaines de zébus, ne craignant plus de tuer, bruler et depuis peu, on remarque même une nouvelle pratique qui est de prendre des otages. Et au delà même du zébu, les dahalo s’attaquent désormais à d’autres horizons tel que des villages entiers, voir même hôtel… La nuit ils bloquent parfois les routes, attaquant les véhicules isolés et taxi brousse dépouillant les passagers. Tout est bon pour récupérer de la richesse, quelqu’en soit la forme.
Chaque semaine, le phénomène dahalo affolent les chroniques. Dans le sud, la zone rouge du pays, la population vivent dans la peur, beaucoup préfèrent vendre leurs bœufs malgré leur importance.

Au delà du danger que représente l’agressivité des dahalo, la peur et le mythe de ces groupes se nourrissent également dans le folklore. Allumettes autour du cou, les dahalo se disent souvent protégé des balles. Grâce à divers gri-gris, ils seraient alors intouchables, ne craignant ni fatigue, ni arme à feu.
Comment réagir quand un homme, faisant partis même des forces de l’ordre, raconte avec certitude qu’un dahalo ne peut pas mourir car les balles ne peuvent pas l’atteindre, ou alors, il faut lui tirer dans le dos.
On raconte que la seule crainte des dahalo seraient les vazaha parce que les gri-gris, ça marche pas sur les blancs. Ah.

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Et l’Etat dans tout ça ? Question complexe. Déjà, le sud est une étendu éparse où il est difficile à l’armée de se déplacer avec efficacité et rapidité. Mais surtout, la corruption est au centre de ce trafic. Il se dit que les armes des dahalo seraient loués par les militaires eux même. Et que quand bien même, si un dahalo est capturé, il trouvera toujours le moyen de se faire libérer.
Ce trafic de zébus, rapporterai des millions d’euros par an et il ne faut pas se voiler les yeux, pour qu’un tel trafic existe, il faut de la corruption et à tous les niveaux. Que ça soit au pied de la pyramide, ceux qui louent leurs armes sans chercher à savoir quelle en sera l’utilisation, les vétérinaires qui vont trafiquer l’identité des zébus, les chauffeurs des camions qui emmèneront des centaines de zébus vers la capitale, les policiers de la route qui fermeront les yeux devant cette cargaisons peu nette en échange de quelques billets, et enfin, les acheteur à la capitale, peu regardant sur l’origine des bêtes.

Face à l’inefficacité de l’Etat et de la peur des villageois, les dahalo n’ont pas beaucoup d’obstacles devant eux qui les empêcheraient d’agir. Dans certains villages, apparaissent alors des dina qui sont des conventions collectives ayant pour but d’agir la où la justice est absente. Obéissant à une loi interne, lorsque les dina sont appelés, leur rôle est habituellement d’attraper les coupables et de les emmener à la police où ils seront alors jugé de leur crimes. Malheureusement, le manque de confiance en la justice, pousse le plus souvent aux villageois de se faire justice eux même, leur certifiant ainsi que le dahalo attrapé, ne sera pas relâché…

Comment expliquer un tel phénomène ?
Alors que tout semble partir d’un rituel, aujourd’hui, le phénomène dahalo atteint des proportions incontrôlable. Pourtant difficile de cibler une cause unique de ce phénomène mais qui semble plutôt être la réponse à un ensemble d’éléments. Alors comment une coutume, alimenté par une instabilité politique peut devenir un véritable réseau mafieux ?

Quelques éléments de réponse pourrait se trouver dans le début de l’exportation des zébus à l’étranger. Les zébus seraient vendus à plus de 200 euros par tête. Cette commercialisation à l’international a ouvert une porte vers un nouveau trafic aux retombés économiques considérables. Et c’est autour de ce trafic que ce serait construit tout un réseau criminel dont les dahalo seraient la base.
Puis il y a la pauvreté. Face à un pays en crise, dans une région pauvre de Madagascar, où les villages ne proposent aucun emploi possible, les jeunes ont malheureusement, peu d’autres choix que de rejoindre des clans dahalo pour trouver un moyen de survivre.
Et surtout, véritable ciment de ce trafic, la corruption. Quand tout devient possible en échange de quelques billets, un acte illégal devient alors un gagne pain plus efficace qu’un travail honnête. L’appât de l’argent facile pousse beaucoup à fermer les yeux devant certains agissements louches.

Le phénomène dahalo est complexe où il est parfois difficile de savoir où est la vérité et comment il a pu arriver a une telle ampleur. Le but de cet article a été de dépoussiérer un peu le sujet, d’en tirer les lignes générales, malgré quelques raccourcis. Les dahalos font des victimes tous les jours à Madagascar et pourtant, au delà des frontières, leur connaissance est totalement méconnus…

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4 Réponses

  1. Anne

    Merci pour tous ces éclairages. On est loin des clichés touristiques, c’est très intéressant. (et sans doute pas facile au quotidien)

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    • Charly

      Merci ! Non, ce n’est pas évident. Beaucoup vivent dans la peur de ces dahalo. Et aujourd’hui le pays semble dans une impasse, où la population n’a même plus confiance en l’Etat…

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