« Madagascar, un pays riche où vit une population pauvre. »
Voilà une phrase que beaucoup aime dire et répéter comme s’ils avaient trouvé les mots magiques pour décrire tout un pays en 9 mots seulement.
Et si c’était vrai ?

Madagascar, une culture en péril ? est un petit bouquin aux éditions No Comment idéal pour décortiquer rapidement ce qui se joue actuellement au pays. Sylvain Urfer fait un tour d’horizon sur plusieurs notions phares de la culture malgache et partage sa réflexion sur les enjeux et les conséquences qui en découlent.

Quelques années avant, Bergson abordait la notion de « société fermée » pour décrire une société qui se reproduit  l’identique cherchant à vivre dans une certaine stabilité. Pour Sylvain Urfer, c’est derrière cette notion que se cacherait l’origine de la crise actuelle à Madagascar.

Face à une mondialisation de plus en plus difficile à ignorer , Madagascar rentrerait dans une dynamique de « progrès » créant inévitablement des ruptures.

En admettant ce principe  et que Madagascar soit bel et bien en train de « s’ouvrir » et de s’adapter au monde occidental, Sylvain Urfer se questionne autour de l’avenir de la culture malagasy.
Et il a bien raison.

 

Conformité VS individualisation

La culture à Madagascar met un point de fer dans le respect de l’autre. Cette exigence passe aussi bien dans les devoirs face a la famille qu’à travers des contraintes d’une vie sociale en apparence harmonieuse. Ce sont d’ailleurs ses concepts qui séduisent régulièrement les étrangers de passage en leur donnant l’image d’un peuple pacifique.

Pourtant, avec le temps, il est remarquable de constater que ces contraintes freinent finalement tout élan d’individualisation et de créativité. La vie sociale se forme dans une conformité, une obligation de rentrer dans le groupe sans se faire remarquer, excluant tout comportement déviant.

Le respect du cadet sur l’ainé, de la femme sur l’homme, du pauvre sur le riche, doit être respecté en toute circonstance.

Sylvain Urfer illustre d’ailleurs son propos en reprenant l’expression suivante: « Manan-joky, afaka olanteny, manan-jandry, afaka olan’entana » Dictons qui peut se traduire: J’ai un ainé, je n’ai pas a prendre la parole, j’ai un cadet, je n’ai pas a porter les bagages.

Cette féroce conformité rentrait directement en conflit avec une urbanisation, un accès aux média, qui encourageraient l’attitude contraire en tendant les individus à s’affirmer en tant que tel et à oser dire ce qu’ils pensent.

Pouvoir étatique VS Vindictes populaires

L’échec du gouvernement, Sylvain Urfer le met sous le coup d’une incompréhension dans son fonctionnement. Madagascar ayant une culture ancré dans l’ethnie, le village, la famille a encore du mal à reconnaitre le pouvoir d’un État. De plus, la population, étant divisée en plusieurs ethnies, a encore du mal à accepter l’idée d’un peuple malgache uni, quoi que l’on en dise.

D’ailleurs le peuple a finalement si peu confiance en l’État, qu’on légitimisme encore aujourd’hui, des intentions individuelles comme le Dina, les vindictes populaires ou même les milices.

Violence VS Henamaso

Sylvain Urfer met également l’accent sur cette dualité qui représente assez bien le déchirement que subit aujourd’hui le peuple malagasy. L’Henamaso que j’ai déjà évoqué plus longuement il y a peu de temps représente « la honte du regard de l’autre ». C’est elle qui va brider la personnalité malagasy pour la faire rentrer dans le moule. Pour schématiser un peu vulgairement, le cadet s’opposera donc pas à son ainé, la femme ne s’opposera pas à son mari, et le pauvre ne s’opposera pas au riche. Du moins, en apparence.

Ces contraintes finissent inévitablement par créer des frustrations, de la haine. Et ainsi, de la violence. Une violence qui permet, de manière détourner, d’exulter toute la pression sociale, d’exprimer ses ressentis profonds.

Avec Madagascar, une culture en péril, Sylvain Urfer passe ainsi en revu toutes les contractions qui s’opposent avec rage au sein même de la culture malagasy, la fragilisant considérablement.

Bien qu’il exprime clairement que ce petit bouquin n’est qu’une réflexion personnelle. Il est légitime de se demander après cette lecture si cette culture à la moindre chance de lever la tête hors de l’eau et si elle arrivera a faire face à se déchirement intérieur.

A ce questionnement, l’auteur finit avec une réflexion du Pasteur Andriamanjato datant pourtant de 1957.
« Il faut que le malgache lui même en prenne une vraie conscience et s’efforce de reconstruire sa personnalité par un sage dosage entre ce qu’il doit garder de son passé et ce qu’il peut adopter parmi les différentes valeurs que la civilisation moderne lui présente.  »

De quoi garder un peu d’espoir.

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