Voilà une lecture qui s’inscrit bien dans la série d’article autour des zébus et plus particulièrement celui sur les dahalo. Madagascar Dahalo de Bilal Tarabey retrace un an d’enquête dans le Grand Sud de Madagascar, sur les traces des Dahalo. Je ne reviendrais pas sur la définition du dahalo car le sujet fût déjà bien abordé précédemment.

Il est nécessaire de mettre le livre dans son contexte. On est en 2012. Les chroniques n’ont qu’un nom à la bouche: Remenabila. Cet homme est un grand chef dahalo qui terrorise dans le sud du pays. En devenant l’ennemi public n°01, toute une légende se crée autour de ce nom.
On raconte qu’il aurait des milliers d’hommes avec lui. On raconte qu’il ne peut pas mourir. On raconte que les balles se transforment en eau devant lui.
Remenabila fascine autant qu’il fait peur.

En septembre 2012, l’Etat décide d’agir et lance l’Opération Tandroka. Cette opération durera environ 3 mois. Les rapports annonceront l’arrestation de Tokanono, la sorcière de Remenabila et d’une vingtaine de dahalo ainsi que la récupération de 500 zébus volés. Mais peu de temps après, des rumeurs commenceront à assombrir le tableau, des militaires auraient brulés des villages, volés et tués des innocents.
Amnesty Internationnal arrive sur place et dénonce l’agissement de l’Etat qui niera tout en bloque.

Et ce n’est seulement que quelques mois après l’opération Tandroka que Bilal Tarabey prend les routes du Sud. Il présente son enquête sous forme de carnet de route donnant un aspect doublement intéressant à la lecture. Partir dans le grand Sud, sur la trace des bandits qui effrayent un peuple entier, sur la trace de Remenabila, ennemi de l’Etat n°01, et qui plus est, dans une campagne profonde obéissant à d’autres lois, à d’autres logiques.
Bilal n’est pas indifférent au danger. Outre ses apports d’information, il va partager également ses craintes, ses peurs dont il doit faire face tout au long de son enquête et ses limites en tant qu’homme.

Son style est court et concis. Mais si sa plume prend les traits les plus simples, le contexte, lui, est des plus complexes car s’imbriquent à la fois dans l’aspect politique, juridique, culturel et traditionnel du pays.

 

Dans son livre, le journaliste va rapporter de nombreux témoignages aussi bien ceux des victimes que celui des acteurs de cette opération.

Il y a le témoignage de ce colonel qui n’acceptait pas certains agissements de l’armée et qui se retrouve en prison soit disant pour extorsion de faux…

Il y a les témoignages des villageois, qui ont fuient leurs villages et qui racontent leurs histoires. Ces histoires, toutes, convergent de la même façon.
Elles racontent comment les militaires sont arrivés puis comment ils ont commencé à tirer sans poser de questions, comment ils ont volé ce qu’ils pouvaient et brulé le reste. Elles parlent de victimes qui n’ont pas pu fuir. Elles parlent de la peur qui ne quitte plus les habitants et qui les pousse à rester cacher dans la foret. Elles parlent de la perte de leurs biens et puis, surtout, la perte de leurs proches.

Et enfin, il y a le témoignage du Colonel en tête de l’opération qui partage sa vérité, bien différente.

 

Au cours de ses voyages, Bilal s’interroge, recueille des informations, il ne se vante pas de faire un documentaire mais se limite à la retranscription, sans analyse, sans interprétation et surtout sans aucun jugement. L’opinion, il la laisse à chacun de se la forger.

Son intention n’est pas de tout comprendre, ni de montrer où se trouve la vérité, où se trouve le mythe, où se trouve le crime, mais il permet d’ouvrir une porte sur ce que beaucoup auraient préféré laisser cacher. Et surtout, il permet de donner parole à tout ces oubliés du Grand Sud et faire entendre ce qu’ils ont a dire. Il permet à chaque lecteur de tenter, en vain, de comprendre le fin mot de cette histoire.

 

Le livre se termine alors sur un échange avec un diplomate, qui résume tout.

« – C’est à dire que Madagascar n’est pas un pays prioritaire sur la scène internationale. Dans cette crise financière mondiale, si un Etat membre du Conseil de sécurité des Nations Unies ne pousse pas le dossier, il ne se passe rien.
– Mais concernant le volet humanitaire… la mise en place d’une aide pour les réfugiés…
– Si au moins on avait su la mise en place de cette enquête, on aurait pu s’en servir pour lancer un programme humanitaire.
– Donc il ne se passe rien.
– Exactement, il ne se passe rien. Et encore une fois: parce que tout le monde s’en fout, de Madagascar.
 »

 

A propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.