Depuis le dernier Madagascar au Quotidien, il y a eu ces quelques jours de vacances que j’ai pu partager avec mon père. Ces retrouvailles ont été ressourçantes.

Il y a 15 ans de cela, c’était lui qui m’avaient entrainé sur les chemins de Madagascar et fait découvrir ce pays. C’était lui qui avait fait naitre en moi l’envie d’y vivre et c’est encore lui qui m’a encouragé et soutenu pour que ce rêve se concrétise un jour. Cette année, ce fut a mon tour de lui montrer Madagascar à travers mes yeux. Il a foulé avec moi ces rues que je foule tous les jours puis nous sommes partis. Loin. Et nous avons atteint la mer émeraude de l’île aux Nattes où nous nous sommes perdu.
Ces quelques jours m’ont apporté un nouveau souffle d’air, une nouvelle énergie. Puis il y a eu ce moment tant redouté, sur le devant de l’aéroport d’Ivato. Déchirant. Et pour atténuer un peu la douleur, nous avons parler de vos prochaines retrouvailles et nous avons déjà programmé nos 4 prochaines années. Un doux placebo pour occuper l’esprit, se focaliser sur l’avenir et oublier les au revoir.

Le retour au quotidien en fut plus brutal. Plus épuisant. Tana m’aspirait chaque seconde où je mettais les pieds dehors, m’éreintais. J’ai repris le café du matin, le journal dans l’autre main. Livre des horreurs, mal écrit, corrompu.
Derrière chaque article, j’imagine un politicien tirer les ficelles de l’information. Ou de la désinformation. Une enveloppe glissée dans la poche du journaliste.
Nous sommes en Septembre 2018. La fin d’année nous réserve des élections incertaines et une nouvelle épidémie de peste certaine. Pas de quoi se réjouir.
Entre les gros titres, se glissent les faits divers, les vindictes populaires, les meurtres, les cambriolages, les accidents, la corruption. Le refrain est le même.

Il y a eu ces incidents/accidents. Question de point de vu. Qui ont fait les unes, qui ont révolté, indigné. Il y a eu ce drame lors d’un match de foot. Il y a eu ces enfants renversés par une politique au dessus des lois. A chaque fois, cette foule en colère pointant du doigt le gouvernement et son inefficacité. Les remises en questions de la morale, du bien ou du mal. Puis cette colère finit par s’estomper avec la vie de tous les jours et les drames semblent déjà oublié.

Resituons les faits.

9 Septembre 2018. Stade de Mahamasina, Antananarivo. Les supporteurs font la queue depuis 6h du matin en espérant avoir des billets pour le match de foot qui opposera Madagascar au Sénégal. A l’ouverture des portes, que dis je, de la porte, tout le monde se rut pour être le premier servi. Certains tombent et se font piétiner. Le résultats du match ? 2 buts partout, 1 mort et une 40ène de blessé. Score qui rentrera dans les archives.

Bien sur que les organisateurs sont pointés du doigt, que l’on déplore que le stade est trop vétuste pour accueillir un tel évènement, que la sécurité n’était pas suffisante et puis bon ! On nous rappelle qu’on est en Afrique ici, et que bon ! Ce n’est pas la première fois que ça arrive.

14 Septembre 2018. Ivandry, Antananarivo. Le premier ministre rentre chez lui. Il roule à vive allure et, qui plus est, en sens interdit. La tête de cortège percute deux enfants des rues. La voiture s’arrête, le reste du cortège continue la route comme si rien n’était. La foule en colère s’en prend à la tête de cortège, ses occupants arrivent à s’échapper, sauvant leur peau d’un début de vindicte populaire. La voiture est brulée. Les enfants sont évacués à l’hôpital. Et puis quoi ?

Finalement, peu importe que des enfants soient la. D’ailleurs ils avaient pas à être là. En plus ce sont des enfants des rues, non ? La sécurité du premier ministre prévaut. Ça se discute pas. Tellement que ça ne se discute pas, le premier ministre ne s’en exprime pas. Le président non plus d’ailleurs. D’ailleurs, autant pour moi, il a démissionné et est trop occupé pour préparer son élection. Et c’est plus son problème.

La colère de la population monte à chaque drame puis s’endort doucement, se fait oublier dans un coin de chaque tête. Telle une bombe sous tension dont la secousse de trop fera exploser.

En attendant ? Les familles des victimes continuent à pleurer.

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2 Réponses

  1. MissTexas

    Merci pour cet article éclairant sur ce qu’il se passe à Madagascar… Penses-tu qu’un jour la cocotte minute finisse par exploser en réponse à de tels événements ?

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