Il est tout juste 18h et il fait déjà nuit noire. Aujourd’hui, on est Samedi et on profite d’une accalmie au boulot pour se faire une sortie au village. On embarque une lampe de torche et on rejoint les autres qui nous attendent déjà dehors.

On connait les rumeurs qui courent une fois la nuit tombée, il faut dire que les histoires d’agressions et d’attaques des Dahalo font rapidement le tour du village. Mais on aime se dire qu’en groupe, les risques sont bien plus faibles. On emprunte les pistes, la lueur de la lampe dévoilant les cicatrices de la route laissées par les saisons de pluie. On garde la lampe braquée bien au sol, évitant soigneusement d’éclairer le visage des rares personnes qui croisent notre route. « Par sécurité, il vaut mieux ne pas voir le visage des voleurs« , nous a t’on expliqué.
Au loin, la musique commence à se faire entendre.

On passe devant l’école, bâtiment sans fenêtre ou s’alignent des bancs usés, avant d’atteindre le village. Sur le long de la route principale sont installées quelques tables éclairées à la bougie, petit éclairage vacillant qui délimite la route. Certains de ces stands proposent beignets et autres spécialités du coin, tandis que d’autres lancent des paris sur un jeux local.
Les 2-3 épiceries sont encore ouvertes. Une unique ampoule éclaire faiblement la cabane pour les clients tardifs. Rare sont ceux qui bénéficient de l’électricité ici.

On jette un coup d’œil au vidéo club, petite pièce en bois où trône fièrement une minuscule télévision. Ce soir, au programme, un film d’art martiaux un peu obscure, on passe notre chemin.

gargote_journal_evasion02

On décide finalement de s’installer dans une petite gargote. Sur la table d’à côté des chauffeurs se retrouvent après avoir déposé leurs clients. Les tables en vieux bois sont recouvertes d’un tissu fatigué. Les murs sont en tôles et en vielles planches en bois décolorées et une étagère bancale présente les boissons disponibles. Au fond, un tissu tendu, servant de rideau, permet de séparer la salle principale de la cuisine. Dehors, on entend le vieux roulement d’un groupe chinois qui assure la lumière dans la gargote.
Affalée sur la table du fond, la maitresse de maison décide finalement de se lever d’un pas nonchalant pour prendre notre commande: poulet ou canard en sauce ?

Elle installe notre table avec des assiettes dépareillées, dont certaines ornent fièrement une décoration de noël. J’esquisse un sourire en imaginant comment elles ont pu finir par atterrir dans ce petit village de brousse.
La dame disparait derrière le rideau et revient avec trois plats qu’elle dépose devant nous en baragouinant des mots mi français, mi malgache, un pour le canard, un pour le riz et un pour la sauce. Un repas simple, typiquement malagasy, le tout à la bonne franquette. On profite de notre soirée, trinquant fièrement avec verres à moutarde dans lesquels sont servis la bière.

A la fin du repas, je me surprends à être encore déçue quand je vois que la facture est presque trois fois plus élevée à cause de ma peau blanche. D’ailleurs, même pour mes amis malagasy, c’est le même régime. Après 5 mois au village, j’ai toujours le même traitement que les touristes de passage. Étrangère, je le resterais.

gargote_journal_evasion

Dehors, la rue commence doucement à se remplir. Un peu plus loin, un groupe de jeune est rassemblé autour d’une table, lançant les paris sur le jeu en cours. La musique est un peu plus forte, nous entrainant doucement à sa source. Car le samedi, ici, c’est cabaret ! Une grande salle en bois faisant office de leur Moulin Rouge. Bien loin des french cancans, quelques tables de jardin sont installées laissant place à une minuscule piste de danse. Les enceintes laissent passer une musique entrainante au son complètement désastreux.

Sur la piste, un meneur bouge sous le rythme de la musique pendant que les autres le suivent, imitant ses gestes. Le résultat est amusant et ressemblent à quelque chose près aux téléphones arabes qu’on jouait petit. Le meneur, qui, à n’en pas douter, a la musique dans la peau, se déchaine, tandis que le dernier se débat avec des gestes approximatifs, surement engourdis par le rhum local.
L’ambiance est agréable.

La rumeur d’une attaque anime les conversations. Trois personnes allant au cabaret se sont fait attaquées par un groupe sur le chemin. Les victimes en question arriveront finalement 30 minutes plus tard. Le fait que la rumeur arrive jusqu’ici, avant même les personnes concernées, m’amuse plus que ça ne m’étonne. Bienvenue au village.

Doucement, nous reprenons le chemin du retour, satisfait par une petite soirée en brousse.

A propos de l'auteur

7 Réponses

  1. Violetta

    Bonjour Charly, J’ai découvert ton blog hier. J’ai aimé parcourir tes lignes et admiré les très belles photos………. et je voudrais te demander quelque chose. Aujourd’hui, je suis allée déposer, selon la coutume, des fleurs sur la tombe de mes parents……J’aimerais que tu nous parles des coutumes liées à la Toussaint sous le ciel Malgache, et pourquoi pas, si ce n’est pas inconvenant, nous montrer, en photos, les cimetières de Madagascar………….D’autres fêtes, tout au long de l’année, deviendront peut être un sujet de « reportage », une découverte pour moi qui n’irait sans doute jamais dans ce beau pays. Je te remercie. Violetta

    Répondre
    • Charly

      Déjà, merci pour ton passage ici Violetta.
      Les coutumes à Madagascar sont très importantes et bien plus respecté qu’en France par exemple. Je pense aussi qu’il serait très intéressant de consacrer des articles là dessus, j’ai d’ailleurs quelques sujets sur le coude qui verront bientôt le jour. 😉

      Répondre
  2. Gladwood

    Merci pour tout le partage de ta vie la bas, j’en suis au 5eme article, je pense sincèrement prendre mon assiette avec moi. Ton blog sera mon livre du midi 🙂

    Répondre
  3. Augoyard colette

    merci pour ce samedi soir en brousse,quel changement rien à voir avec la clé des champs!!!!

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.