Les malgaches sont des personnes souriants, accueillants et hospitaliers.
Voila la phrase entendu, bien trop souvent, des voyageurs de passage a Madagascar.
Ce a quoi je réponds le plus souvent « oui ». Plus par paresse que par croyance. Ou alors parce que la bien séance s’empare également de moi par un étrange effet de contagion.

Au fond de moi, à chaque instant que j’entends cette phrase, de tout mon âme, j’ai envie de leur qu’ils ont tord. Non, je suis désolée si j’en blesse quelques uns mais le peuple malagasy n’est pas particulièrement plus accueillants et hospitaliers qu’un autre. Mais comment expliquer cette impression à un touriste qui a passé deux semaines au pays, ce que moi même je ne peux expliquer au bout de trois ans.

Entre respect et hypocrisie.

Quoiqu’il en soit, j’ai senti au fil de ces trois dernières années monter en moi un certain agacement devant ce faux semblant malagasy, devant ce sourire et ces manières amicales qui cachent bien trop souvent son contraire.
Plus d’une fois, nos soirées, avec l’amoureux, étaient animé par un grand débat sur le sujet.
Comment veux tu que ce pays avance si vous ne dites jamais les choses !
Une française avec une éducation qui lui a enseigné la révolte, le droit à la grève, oser dire non et un malagasy qui a appris à rester polis, respecter l’autre, quelque soit le contexte.

Quand il me parle de respect, je lui parle d’hypocrisie. Il faut dire qu’en France, nous avons développé un talent pour les manifestations et les insultes au volant. La bien séance ? Nous connaissons mais a moindre mesure.

Toujours est il que j’ai découvert petit a petit ce qui se cachait derrière ce « respect » comme on aime le dire ici. J’ai découvert l’énorme écart entre le discours en public et les blablas du privé. Et cette pratique m’insupportais. Je ne la comprenait pas, je ne l’acceptais pas.

Quand un soir, l’amoureux rentre et me raconte qu’il a osé dire ses quatre vérités à un collègue. Je me sens fière de lui. Il se sent honteux.

Cette incompréhension devant autant d’hypocrisie au quotidien, même dans les plus petits détails, se traduisait chez moi en un agacement toujours plus grand. Il en déduisait la naissance d’une méfiance dans chacune de mes relations. Aujourd’hui les sourires sonnent faux.

Que ça soit avec mon entourage ou dans le cadre de mon travail, j’essaye de créer l’ambiance propice pour encourager a dire les choses tel qu’elles sont. Essayer d’expliquer qu’il n’y a pas de mal à oser mais que, au contraire, grâce a cet honnêteté, nous pourrions faire avancer les choses.
Mais c’est comme l’impression d’essayer d’avancer a contre courant.

La dualité de l’henamaso.

Puis un jour, je tombe sur un écrit de Sylvain Urfer, il parle de l’henamaso. Je dévore ses phrases, ses explications et je sens que des connexions se créent enfin dans mon petit cerveau de française. Henamaso. Je peux enfin poser un mot sur un concept qui me paraissait flou et enfin je comprends.

Il raconte que, dans la culture malgache, le henamaso ( traduire « la honte du regard de l’autre ») tiens un rôle central dans les rapports social. Il va le définir comme une « force d’inhibition qui bride la personnalité malgache ».
Sylvain Urfer met en avant la dualité de l’henamaso qui traduit à la fois une tolérance extrême de l’autre, l’obligation de se conformer aux règles sociales et  la fois le sentiment d’hypocrisie et de manque de confiance en soi qui en découle. Derrière l’henamaso se cache la crainte de se montrer tel que l’on ai et d’oser s’affirmer. Il associe d’ailleurs l’henamaso a une énorme violence interne.

L’henamaso va obliger l’individu à se conformer aux règles sociales et culturelles, tel que la supériorité de l’homme sur la femme, de l’ainé sur le cadet, du riche sur le pauvre ou bien d’autres encore et ce, à tous les niveaux de la vie.

Sylvain Urfer note des conséquences directs de l’henamaso dans divers domaines tel que la politique en interdisant moralement le peuple à se rebeller face a l’autorité ou à dénoncer certaines dérives. Ce phénomène se retrouverai même dans la religion.
Il explique par exemple que la déception devant certains agissement de dirigeant religieux et  défaut de ne pouvoir parler, certains se tournent alors vers les sectes.
Ainsi, à de plus petites échelles, nous retrouvons aussi devant beaucoup de vol ou cambriolage commandités par un employé, un voisin, un ami dont nous aurions jamais pensé capable d’un tel acte !

Malgré des conséquences bien souvent désastreuses, l’objectif de l’henamaso reste tout d’abord d’imposer le respect de l’autre et de créer des relations sociales positives (Ah ! Les malgaches, que ce sont des personnes accueillantes !).
Soit. Mais la nature même de leurs pensées n’en changent pas pour autant. Et cette violence interne peut prendre, un jour, une mauvaise tournure.

Aujourd’hui, je remercie Sylvain Urfer, qui grâce à ces textes, a mis de l’ordre dans mes interrogations, dans mes agacements. Et même si mon côté française, trop profondément ancrée en moi, à du mal à l’accepter, au moins, maintenant, je le comprends.

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7 Réponses

  1. Mael - Traounomad

    Article (et commentaires) très intéressants ! Un grand merci de partager cela avec nous. Comme le dit Miss Texas cela (vu de l’extérieur) ressemble au concept de la face en Asie (éviter à tout prix de perdre la face, sourire en toute situation). C’est plus complexe que de l’hypocrisie mais étant français, c’est sûr que ça peut vite taper sur les nerfs de ne pas savoir sur quel pied danser …

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    • Charly

      Je ne connais pas du tout l’Asie, mais à vous entendre en parler, ça me semble être un peu le même concept. Je crois que mes premiers temps à Madagascar, ça m’a un peu déconcerté. Quand on a des relations très superficiel avec les gens, ça ne pose finalement pas trop de problème vu que la relation reste de courte durée et qu’on a pas le temps d’entre apercevoir la vérité. Mais quand les relations s’approfondissent, c’est là qu’on tombe parfois de haut.

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  2. Sarobidy

    Le henamaso, un bien grand mot, tout un mot, je ne sais pas si l’auteur du livre que tu as lu est malgache ou pas parce que donner un sens ou même expliquer un mot malgache c’est pas facile. Moi même je suis malgache, j’habite à Madagascar, j’ai aussi bien vécu à la campagne, en ville, dans les plus beaux et les bas quartiers, je n’ai pas encore pu donner un sens vrai à ce mot, le classer et me dire tiens henamaso dans le tiroir je te comprends. (introduction un peu longue, mais on va y arriver) Ce que je veux en venir c’est simple, il y a la culture, c’est pas parce que on respecte les gens que ça veut dire qu’on est hypocrite. Pour ma part je ne vais pas dire ces 4 vérités à quelqu’un tous les jours, crois moi si un malgache ne te cadre pas tu le sauras tout de suite et une bonne fois pour toute mais pas tout les jours quand même ! Donc, associé henamaso et hypocrisie ce n’est pas logique et c’est un manque de respect puisque en grandissant étant un malgache tu entendra toujours ce terme le henamaso, puis quand tu seras grand tu comprendras le sens en général! Le henamaso est un pilier de ce qui fait un malgache de ce qu’il est, il faut être malgache pour le comprendre. Et le mot pour hypocrisie en malgache c’est mpihatsaravelatsihy. Alors ne mélange pas les deux puisque même dans ta langue être hypocrite c’est une insulte, tu seras peut être étonné mais dans la notre aussi. Bonne chance pour toi et j’espère que tu ne tomberas plus sur un hypocrite… Le malgache est accueillant et souriant puisque tout le monde le dit c’est que c’est vrai non ? 🙂

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    • Charly

      Bonjour Sarobidy. je te remercie pour ce retour.
      Enfaite, je n’associe plus du tout l’henamaso avec l’hypocrisie. Justement. Ce livre m’a permis de distinguer l’hypocrisie de l’henamaso.
      Dans ce livre, je ne sais pas si Sylvain Urfer a 100% raison et il est vrai que ma connaissance de l’henamaso se résume à ce livre et de longues discussions avec mon compagnon (qui est malagasy). Ce que j’essayais de raconter à travers cet article est la base de l’un de nos gros chocs des cultures. Moi, française, bien que calme de nature, j’ai tendance à être direct. Et 90% de mon entourage malagasy sont au contraire très peu direct, ce qui est souvent à la base de très long débat entre nous. C’est un comportement que je ne comprends pas et que j’ai souvent associé à l’hypocrisie avant. Et eux ils me parlent de respect. Il y a eu longtemps de l’incompréhension entre nous.
      Sylvain Urfer, même si tu mets en doute ses propos, a permis de me faire comprendre beaucoup de chose. Et non, je ne trouve pas que dire ses 4 vérités à quelqu’un est quelque chose de rependu ici. Bien au contraire. Même si, je te l’accorde, tous les malagasy ne sont pas comme ça (comme tous les Français ne sont pas tous direct). Mais il faut être honnête dans la prédominance de nos comportements culturels.
      « Tous les malgaches sont souriants et accueillants », ce n’est pas une phrase de tout le monde, mais une phrase de touristes. 🙂
      Ce qui est important que tu comprennes, c’est qu’ici, je ne critique pas ça, je parle juste d’une incompréhension entre deux cultures.
      Je te remercie en tout cas pour ton retour qui était vraiment intéressant.
      Au plaisir 😉

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      • Charly

        Pour en avoir parlé avec plusieurs gasy, c’est assez étonnant de voir les différentes interprétations. En tout cas, c’est encore un concept que je découvre très doucement, de jour en jour.

  3. MissTexas

    Ton article est très intéressant avec un point de vue de personne vivant sur place. J’ai beaucoup voyagé en Asie, et c’est vrai que les gens ont toujours le sourire et sont très respectueux, ce qui est très agréable quand on est de passage pour quelques semaines. Mais je me suis toujours demandée si derrière cela ne cachait pas une pression sociale très forte, comme au Japon par exemple… Je ne connaissais pas ce terme de henamaso, mais il me parait bien définir ce qui se passe pour de vrai dans ces pays où toutes les relations sociales sont très codifiées.

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