Bekopaka, voilà un nom qui est et qui restera inconnu pour la grande majorité des mortels de ce monde. Pourtant, aujourd’hui, il fait mon quotidien.
Petit village de brousse qui vit et survit, s’adaptant à ses conditions et à l’évolution que les demandes touristiques lui imposent.
Un petit village, bien que mis en lumière grâce à sa proximité avec les Tsingy de Bemaraha, restera pourtant dans l’ombre pour beaucoup, perdu au milieu de la région du Menabe, dans l’ouest de Madagascar, entre ses terres arides et sèches et ses réserves naturelles. Un petit village que j’apprends à connaître et à découvrir.

tsingy_bekopaka_journal_evasion3

Aujourd’hui, après 3 mois ici, je connais ses chemins de terre rouge abîmés et fatigués par de longs mois de pluies qui leur laissent toujours plus de cicatrices.
Je connais ce bon vieux chien qui boite, trainant autour du marché et ce matou craintif et méfiant près du dépôt de médicament.
Je connais ce gros enclos en vieux bois où dort un cochon gras et je pense au jour où je la retrouverai vide, la porte ouverte avec le bruit qu’on trouve désormais de la viande de porc au village.
Je connais ses enfants, trainant devant la petite école aux couleurs délavées et leurs « salama » enjoués.
Je connais ce bruit dans les arbres, la nuit, qui dénonce la présence de petits lémuriens nocturnes.
Je connais cette immense plage qui borde la Manambolo où reviennent les pêcheurs et leurs famille, après 30min de marche, bassine sur la tête, pour vendre leurs poissons au village.
Je connais ce tout petit oiseau qui vient chaque soir sur la même branche pour y passer sa nuit et ce caméléon, perché sur les toits qui ne semblent pas vouloir y descendre.

tsingy_bekopaka_journal_evasion1
Je connais ce petit pensionnaire servant d’hôpital et ses deux matelas miteux. Je connais ses médecins et leurs ordonnances griffonnées sur un bout de papier.
Je connais la couturière à qui l’ont peu confier nos vêtements sans grande crainte. Je connais sa petite fille, douce princesse, des bouts de ficelle en guise de boucle d’oreille.
Je connais le danger et la crainte qu’instaurent les Dahalo, une fois la nuit tombée.
Je connais cet enfant qui traverse le village en courant avec sa jante de vélo et son bâton.
Je connais ces pirogues qui nous font traverser la rivière et la concurrence déloyale qu’ils ont avec le bac.
Je connais mes petits voisins, leurs rires et leurs petites voitures fabriquées grâce à une boite de sardine et ses roues en bouchons de bouteille.
Je connais ce chien qui a pris sous son aile un petit chiot qui n’est pourtant pas le sien.

tsingy_bekopaka_journal_evasion2

Doucement, je découvre et j’apprends à connaitre cette routine, caractéristique à toutes les villes ou villages quelques soient leurs emplacements à travers le monde, avec ses hommes influents et ses enfants innocents. Où qu’on soit, cette même routine, et pourtant, ici, tout me semble si différent.
J’apprends alors à m’adapter, me demandant quelle sera ma place dans ce quotidien, sachant en même temps le retrait qu’impose ma peau blanche. Car quoi qu’il en soit, je resterais toujours une étrangère.

A propos de l'auteur

4 Réponses

  1. Marie Kléber

    Que de belles découvertes Charly! Que de magnifiques souvenirs à garder précieusement!
    Profite de tous ces instants, de tous ces gens, de ce quotidien si différent de ce que nous connaissons.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.