Si je vous dis BD érotique, combien d’entre vous se rappelleront de ces vielles bandes dessinées chez Papy aux pages jaunis par le temps ? Des livres qui semblent venir d’un autre temps, montrant page par page des rapports sexuels crus. Où alors est-ce juste moi ?
Combien de jeunes, piqué par la curiosité, ont découvert les débats du sexe, caché sous leur couette, grâce à ces dessinateurs ?
Pendant longtemps, le sexe dans le 9ème art s’est restreint dans ce sous genre et est resté bien planqué au fond d’une armoire ou sous un matelas. Une bande dessiné sur le sexe ? Plaisir tabou qu’on ne s’amuse pas à exposé dans une bibliothèque ! Et pourtant, les années ont passé et les mœurs ont évolué.
Aujourd’hui, les bandes dessinés se débrident et le sexe apparait doucement sans complexe, se libérant du sous genre où il était confiné.

On peut rire de tout, mais du sexe surtout !

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© Ankama Edition 2013 Chantilly/Poitevin

Ranger vos boites de mouchoirs les gars, car aujourd’hui l’union entre le sexe et le 9ème art dépasse son rôle masturbatoire. Sans pour autant renier le fantasme qu’elle génère, doucement elle s’aventure dans l’humour.
Restant quand même dans la retenue, Les confessions d’un canard Sex toy, de Milly Chantilly, aborde d’une manière décomplexée les humeurs de Sigmund, canard en plastique qui se questionne sur sa condition d’objet à orgasme. Dessin soft, tout dans le suggéré, permet d’aborder dans la délicatesse un sujet encore un peu sensible du sex toys . Lui, les femmes, il ne les aime ni brune, ni blonde mais « il les aime profonde » !

Au contraire, c’est avec des dessins très explicites que Zep sort son Happy Sex, mettant en scène des rapports sexuels merdiques. Nombreux sont ceux qui ont du étouffer un fou rire devant ses strips, se rappelant surement, un peu honteux, une vielle expérience d’un soir. Comment elle s’appelait déjà ?
Éjaculation précoce, pets vaginaux, sado-masochisme, rien n’est trop sensible pour passer entre les doigts agiles du papa à Titeuf. Et ça, pour notre plus grand plaisir ! Avec ses strips, Zep dépasse le stade du pornographique pour toucher celui du rire et le stade du fantasme pour celui de l’identification.

L’identification, voilà un point sensible que les romans graphiques aiment touché du doigt. Car oui, le sexe n’est pas seulement vaginal, oral ou anal, il est aussi social.

 

Le sexe de tous les jours.

Le sexe fait partit de notre quotidien, plus ou moins passionnément en fonction de chacun. Et quand, dans la bande dessinée, il quitte son rôle préétablit de machine à fantasme, il devient principalement social.
Dans l’album de Julie Maroh, Bleu est une couleur chaude, Clémentine, jeune lycéenne se cherche encore. Sa rencontre avec Emma va doucement la pousser à s’accepter et surtout à accepter sa sexualité. Naturellement, quand l’auteur aborde les débats sexuels de Clémentine, elle n’appelle pas au voyeurisme ou au fantasme, il est question de garder une cohérence dans l’approche de son personnage dans l’homosexualité. Le tout est de rester honnête avec l’approche du thème.

Et pour les romans graphiques autobiographique, c’est le même refrain. Le dessinateur ouvre une partie de lui même qu’il partage avec ses lecteurs, il expose ses doutes et ses envies en se dévoilant dans ce qu’il a de plus intime. Et ce principe d’honnêteté s’impose de lui même. Ainsi pour être complètement sincère, beaucoup n’hésite pas à descendre sous la ceinture tel que Chester Brown dans 23 prostituées qui raconte comment, déçu par l’amour, il s’est tourné vers les prostituées.

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© Glénat 2010 Maroh

 

Le sexe au féminin.

Surtout, ne vous attachez pas aux préconçus: la BD de cul n’est pas un truc de mec. Parce que oui, les hommes ne sont pas les seuls à être agiles de leurs dix doigts quand il s’agit de sexe. Les femmes savent aussi très bien s’y prendre.

Prenez Fraise et chocolat d’Aurélia Aurita par exemple, de l’oral, du vaginal, et de l’anal, sous fond d’histoire de couple. Non, vous dirait-elle surement, ce n’est pas une BD érotique mais seulement l’histoire de deux personnes qui construisent une vie à deux. Tant pis si un plug anal se met entre eux de manière incongru !

Et Aurélia n’est pas l’exception ! Je vous ai également parlé de Julie Maroh il y a un instant, mais je pouvais très bien aussi abordé Alison Bechdel avec son roman autobiographique Fun Home où elle n’hésite pas à crayonner ses expériences sexuelles ou même Aude Picault avec La Contesse.

 

Quand les japonais bandent dessiné.

© Pika edition Katsu Aki

© Pika edition 2006 Katsu Aki

Le sexe, un sujet bien trop tentant pour que le mangaka ne s’en empare pas non plus ! On appelle ça le hentai et on peut remonter jusqu’aux années 80 pour voir l’apparition des premiers du genre. Aujourd’hui, le hentai se fait connaitre et prolifèrent sur internet et même dans certains rayons de librairie. Allant du manga soft au plus extrême, ce sous genre ne se donne aucune limite et chacun des fantasmes trouvera l’hentai qui va à son pied. Alors que les BD pornographique se cantonne généralement au réel, le hentai peut parfois prendre son inspiration dans le fantastique et n’hésitera pas à mettre en scène un rapport sexuel entre une jeune fille et un monstre irréel. Aucune limite, je vous ai dit !

Mais sans chercher à partir dans ce genre d’extrême, le sexe et le manga sait aussi nouer des liens exquis et bien plus soft et dans ces cas là, nous parlerons plus spécifiquement de l’ecchi tel que le célèbre Love Story Step up, l’histoire d’un jeune couple qui découvre et expérimente ensemble les expériences sexuelles. Katsu Aki traite le sujet de manière attendrissante, ce qui nous fait apprécier ce manga comme un petit plaisir coupable.

 

© Les Requins Marteaux 2011 Navarro

© Les Requins Marteaux 2011 Navarro

Doucement, le sexe s’infiltre dans les différents genres et ne se limite plus à ses BDastres traditionnels tel que Manara. D’ailleurs, sans pour autant parler d’un effet de mode, un grand bon nombre d’auteur cache dans ses productions une petite BD osée. Zep sort de l’enfantin pour un Happy Sex, Bastien Vives explose avec ses Melons de la colère chez l’éditeur BD cul (oui, oui, soyons direct un peu), Jean Van Hamme crayonne son Epoxy, même Alan More à ses Filles perdues !

Aujourd’hui, on l’aura compris, les mœurs ont évolué. Les différentes approchent du sexe cassent les codes de la bande dessinée érotique. Quand Morgan Navarro sort son Teddy Beat, on lit cet ovnis du 9ème art sans savoir vraiment de quel genre il s’agit. On est carrément hors catégorie ! Le sexe devient décomplexé et sort doucement son nez de sous les matelas pour trouver sa place dans n’importe quelle bibliothèque.

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