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On est à Basin City, dans l’Ouest Américain. Ici, l’asphalte est taché par le sang et le vomi, les ruelles sont sombres, cachant entre ses murs les pires crimes et les pires perversions. Les hommes et les femmes qui sillonnent ces rues sont des laissés pour compte, crachés par une société qui ne veut pas d’eux. Ici, la vengeance prend la place d’une justice restée aux portes de la ville et les règles sont dictées par les hommes de pouvoir, les prostituées et les flics corrompus..
On la surnomme Sin City, la ville de tous les pêchés.

 
« Il fait une chaleur d’enfer. La nuit est lourde. Poisseuse. C’est une piaule minable dans un quartier minable, d’une ville minable. » Marv, Sin City.

La réputation de Frank Miller n’est plus à faire dans l’univers de la bande dessinée et plus notamment du comic et il porte le coup de grâce avec la sortie de Sin City, dans le début des années 90. Le roman graphique arrive comme une détonation avec son enfer urbain, son esthétique stylisé et sa narration puissante. Sin City aurait pu suffire à lui mais il va finalement servir d’introduction à une sage de 7 tomes. Chacun des tomes aura sa propre indépendance, s’infiltrant dans la vie de ces paumés, des extraits d’existences tâchées par la souillure de la ville. Ils ne suivent pas forcément une chronologie linéaire, mais ensemble, ils se complètent pour former un tout autour de ce lieu fictif.

Les personnages se croisent et s’entrecroisent au fil des histoires. Ce sont des balafrés, la gueule ravagée par cette ville et sa violence, des héros, suintant la testostérone, qui délaissent la cape et les collants pour des blousons de cuir. Ce sont des femmes qui porte les talons aiguilles et la mitraillette, survivant grâce à leurs formes et à leur soutien mutuel.
L’histoire est systématiquement racontée par le personnage central du tome, permettant une narration intelligente qui va toujours plus en profondeur dans la personnalité. Chacun a sa propre philosophie, ses propres démons intérieurs, une lutte personnelle pour de ne pas sombrer dans la bestialité, comme si cette narration les maintenait dans l’humainement correct.

Sin City, Cet enfant de Salaud © Frank Miller / Rackham.

Sin City, Cet enfant de Salaud © Frank Miller / Rackham.

Sin City se positionne comme le noyau central, les protagonistes n’étant que des faire-valoir pour permettre de la décrire dans son intégralité et dans sa complexité. Tel un marionnettiste, elle s’amuse avec ses patins, tirent les ficelles dans l’ombre de ses rues. Elle se nourrit de leur espoir, les suce jusqu’à la moelle ne leur laissant que leur rage de survivre.


« Cette fois ci, je ne me bat plus contre des parfums ou des souvenirs, je m’en imprègne au contraire. Comme d’un nectar. Il nourrit ma rage, ma force… Il efface mes doutes.«  Dwight, Sin City, J’ai tué pour elle.

 

Le talent de Frank Miller passe également par le choix de l’esthétique. Pour retranscrire un univers aussi sombre et crasseux, il opte pour un splendide noir et blanc sans aucune nuance de gris. Et de temps en temps une pointe de couleur, une couleur unique pour renforcer une sensation du glamour au dégout. Le dessin aura tendance à rappeler les polars noirs du cinéma des années 50. D’ailleurs, le découpage est très cinématographique. Il me vient comme exemple, une scène du premier tome qui revient dans le 2ème. La même scène est présentée selon deux points de vu, l’élément principale dans le premier tome devient seulement un élément de fond dans le deuxième, comme si une seconde caméra était posée là pendant le moment des faits.

Sin City, J'ai tué pour elle © Frank Miller / Rackham

Sin City, J’ai tué pour elle © Frank Miller / Rackham

Robert Rodriguez, réalisateur qui n’a jamais caché son intérêt pour les films de série B, s’intéresse alors à une éventuelle adaptation de Sin City mais il a fallu attendre 2005 pour que ce projet puisse voir le jour avec la collaboration de Frank Miller lui même. Cette première adaptation réunit le tome 1: Sin City, le tome 3, Le Grand Carnage et le tome 4, Cet enfant De Salaud. Il reprend fidèlement, [passionnellement même !] la BD, de la narration jusqu’au découpage. Le tournage se fait exclusivement sous fond vert permettant de reproduire l’esthétique du noir et blanc, qui risque d’en surprendre plus d’un chez les non-initiés et on ne peut que féliciter le remarquable travaille effectué sur la lumière.

Sin City © Frank Miller / Mickey Rourke.

Sin City © Frank Miller / Mickey Rourke.

Pour interpréter parfaitement ces antihéros charismatiques, il fallait des vraies gueules, un casting remarquable et là dessus, Rodriguez et Miller se sont fait plaisir. Bruce Willis, Mickey Rourke, Benicio del Toro, Elijah Wood, une liste de nom qui fait saliver et tous campent leur personnage avec brio.
Chacun leur tour, ils interviennent en voix off, une voix rauque que l’on imagine brisée par l’alcool et la cigarette, encrassé par ce chaos urbain.

Rodriguez s’approprie, au final, très peu l’univers. C’est à se demander si les romans graphiques n’ont pas fait carrément office de story-board. Il minimise ainsi les risques de décevoir les fans du comic qui jubileront surement devant cette retranscription sur pellicule. Alors, au lieu d’une adaptation d’une BD au cinéma, on a davantage le sentiment d’avoir un cinéma qui s’est adapté à la BD. Une épatante union entre le 7ème et le 9ème art qui relance la question de la limite entre les deux.

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Sin City, J’ai tué pour elle © Frank Miller / Eva Green

Il a fallu attendre près de 10 ans pour que sorte cette année le deuxième volume, Sin City, J’ai tué pour elle avec le même duo aux commandes. Ici, l’histoire va se pencher sur le petit boudé du 1er volume qui est le tome 2. Se concentrer sur un seul tome alors que le premier film en regroupait 3 peut paraitre intriguant et suscite des premiers doutes. On se demande si ce 2ème tome peut suffire à lui même pour faire un film. Et après le visionnage, on constate malheureusement que nos doutes se sont bel et bien confirmés.
Ils ont fait le choix d’ajouter pour l’occasion deux petites histoires inédites qui font office d’ouverture et de fermeture du film. Malheureusement, elles n’apportent absolument rien, elles semblent peu travaillées et bâclées. L’histoire du 2ème tome ne prenant qu’une heure de film, on a davantage l’impression que ces courtes histoires sont là pour combler les trous et permettre d’étirer la durée du film pour arriver à 1h40 beaucoup plus conventionnelle.
Et pour ces petites scènes, on a des grandes coutures telles que Joseph Gordon-Levitt ou le retour de Bruce Willis et de Jessica Alba, un bien joli prétexte pour ajouter de nouveaux noms attirant sur l’affiche. D’autant plus que la présence de Bruce Willis est bien douteuse et peu digne d’intérêt lui donnant un côté un peu « pot de fleur ».
Une deuxième adaptation très attendue et finalement un peu décevante, je pense qu’elle n’apporte rien de plus à l’univers de Sin City et donne l’impression de n’être qu’un objet commercial de plus voguant sur le succès du 1er en s’appuyant sur les têtes d’affiche pour réussir à sortir la tête de l’eau.

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Les comics de Frank Miller:
– Tome 1: Sin City, 1994.
– Tome 2: J’ai tué pour elle, 1995.
– Tome 3: Le grand Carnage, 1996.
– Tome 4: Cet enfant de salaud, 1997.
– Tome 5: Valeurs Familiales, 1997.
– Tome 6: Des filles et des flingues, 1999.
– Tome 7: L’enfer en retour, 2001.
Aux éditions Vertige Graphic, puis chez Rackham (petit plus pour la dernière édition collector en noir et blanc).

Les adaptations réalisés par Robert Rodriguez et Frank Miller:
Sin City, 2005.
Sin City, J’ai tué pour elle, 2014.

 

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